L'apprentissage ininterrompu PAR JENNY SHAW
En tant que "femme d'un certain âge", qui, depuis six ans, s'occupe activement de l'éducation formelle et informelle des personnes du troisième âge, je prends chaque jour davantage conscience que le mot "éducation" ne s'applique que très partiellement à l'apprentissage scolaire. En fait, presque tout ce que nous apprenons dès notre naissance découle de notre expérience quotidienne, de nos observations et de nos échanges avec autrui. La tendance qui veut qu'on étiquette la génération actuelle des femmes d'un certain âge comme étant sous-éduquée, voire analphabète, est pour le moins erronée. Certes, il est utile de savoir lire et se servi d'un ordinateur. Mais, ces compétences ne sont guère plus précieuses que celles que possédaient nos grands-mères et arrières-grands-mères, c'est-à-dire faire tomber la fièvre en concotant un élixir à base d 'herbes, raconter des histoires apprises par cur, savoir reconnaître les étoiles et les nuages pour prédire le temps, prodiguer des soins et des conseils. Ce qui ne revient pas à dire qu'il faille minimiser l'importance de l'éducation formelle des femmes. Je défends les efforts de ceux et celles qui luttent pour aplanir les difficultés auxquelles se heurtent beaucoup de femmes d'un certain âge qui reprennent des études après tant d'années passées à s'occuper de leur foyer. Malheureusement, l'éducation des femmes, et en particulier celle des femmes de plus de cinquante ans, est trop souvent encore considérée comme un privilège, et non comme un droit ou une nécessité. En dépit de la gratuité de l'université et des collèges (en général à partir de 65 ans), il existe tant d'obstacles, en apparence insurmontables, (inscription, admissibilité, etc.) qu'on est surpris par l'important effectif d'étudiants du troisième âge inscrit à des cours. Une seule exception peut-être les Elderhostels et autres programmes qui ont été spécifiquement conçus à l'intention des personnes d'un âge avancé. Il est une autre question importante que les éducateurs et éducatrices adultes doivent s'efforcer de résoudre, celle de l'accessibilité des programmes pour les femmes d'un certain âge qui se heurtent à une discrimination encore plus grande en raison de leur couleur, de leur appartenance ethnique, de leur maigres revenues et/ou d'un handicap physique. En tant que rédactrice de ce numéro spécial de Women's Education des femmes, je suis très consciente que les femmes doublement et triplement désavantagées sont mal représentées dans ces pages. Il faut rompre ce silence. Enfin, je voudrais traiter du vieillissement dans le domaine de l'éducation selon l'optique d'une gérontologue. La majorité des personnes travaillant dans ce secteur sont, comme moi, des femmes d'âge mûr (entre 45 et 60 ans). Notre but: améliorer la qualité de vie de la génération de nos mères et grands-mères. Elles font l'objet de nos recherches, lesquelles nous permettent de mener une existence confortable. Nous nous servons de nos mère comme nous l'avons toujours fait, c'est-à-dire pour satisfaire nos propres besoins. Barbara MacDonald, co-auteure du livre Look me in the Eye: Old Women, Aging and Ageism (1983, Spinters Ink, San Francisco), dirait qu'il s'agit d'un autre exemple de l'oppression que les filles exercent sur leurs mères. Ces femmes âgées, qui nous ont consacré leur temps et légué leur expérience, souvent au prix de sacrifices physiques et financiers, tirent rarement parti des résultats obtenus. Nous ramassons les questionnaires, analysons les donnés, publions un article ou deux et, en général, oublions de leur en envoyer un exemplaire ou, mieux encore un mot de remerciement. (Consultez l'article de Leah Cohen à la page 31 pour avoir une autre optique de la gérontologie et des femmes d'un certain âge.) En dépit de tous les problèmes, j'ai trouvé des sujets d'encouragement au cours de ce projet. Parmi les textes proposés, nombre d'entre eux relataient des expériences personnelles faites dans le domaine de l'éducation et montraient qu'il existe des possibilités (rares certes, mais que l'on saisit) pour poursuivre toute sa vie son apprentissage. Je voudrais féliciter et remercier toutes les femmes qui ont participé à l'élaboration de ce numéro, dont les membres du comité consultatif qui ont rassemblé et choisi les articles publiés dans les pages qui suivent. |
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