ÉDITORIAL

«À bas la discrimination»


PAR CHRISTINA STARR

L'un des grands défis qui s'est posé à la seconde vague des féministes a été d'éliminer dans nos théories, philosophies, politiques et actes tout racisme ou toute autre forme de discrimination. Il revient aux féministes jusqu'à un certain point d'avoir mis au jour toutes les formes que prend la discrimination, mais les féministes ne représentaient trop souvent que les intérêts des blancs lettrés, sans handicap physique et hétérosexuels.

Récemment, au cours d'une allocution qu'elle prononçait dans le cadre du lancement de son dernier livre, Talking Back, la féministe, écrivain et enseignante noire américaine, bell hooks, parla de la vogue des questions raciales et mit en garde contre la tendance qu'ont les privilégiés d'embrasser des mesures antidiscriminatoires, mais de ne pas les mettre en pratique. Elle demanda aux blancs présents: «Qu'avez-vous fait récemment pour montrer votre solidarité aux opprimés?»

Dans ce numéro, certains articles indiquent ce qu'on peut faire. Shauna Butterwick analyse à notre intention les méthodes de prise de conscience préconisées par les premiers groupes féministes et parle de la façon dont des femmes, que personne n'écoutait jamais auparavant, ont réussi à se doter «d'espaces sûrs», au sein desquels elles peuvent s'exprimer et trouver des oreilles attentives. Elle met au défi le CCPEF d'avoir recours, aussi bien à l'intérieur de l'organisme qu'à l'égard de la collectivité dans son ensemble, aux méthodes de sensibilisation en pratique pour accroître la prise de conscience à propos des divisions sociales se fondant sur le sexe, la classe, la race, l'origine ethnique et l'orientation sexuelle. Karlene Faith et June Sturrock nous apprennent comment des établissements se sont appuyés sur les moyens techniques dont ils disposaient pour offrir des programmes d'enseignement à distance à des personnes qui, sans eux, seraient complètement isolées et ignorées. Dans un commentaire sur Le Programme de rayonnement, on démontre qu'il faut laisser ces programmes continuer d'offrir des services de counselling en matière d'emploi, spécialement conçus, aux groupes désavantagés.

Dans son compte rendu sur la conférence que le CCPEF a organisée à Halifax en juin dernier, Barbara Cottrell nous parle du succès qu'a remporté l'atelier sur «Les femmes qui surmontent les obstacles» : les femmes qui se butent à des préjugés très particuliers ont apprécié de pouvoir se faire part de leurs expériences et ont insisté sur le besoin qu'il y avait d'organiser d'autres manifestations de ce genre.

Le Comité éditorial du CCPEF a adopté au cours de sa dernière réunion des mesures, lesquelles il espère s'inscriront aussi dans sa politique de lutte contre la discrimination. Cette politique régit ce qui peut être publié dans WEdf et se lit comme suit:

  1. Women's Education des femmes ne publiera sur quiconque un article contenant des déclarations inexactes ou injurieuses se fondant sur le sexe, l'âge, la classe sociale, la race, l'appartenance à un groupe ethnique ou l'orientation sexuelle.

  2. La rédactrice, le comité éditorial et les rédactrices invitées s'assureront que les auteurs ne font pas de généralisations se fondant sur des données à propos d'un sous- groupe qui n'est pas représentatif. Ainsi, une discussion sur les souhaits des femmes en matière d'éducation qui se fonderait seulement sur le vécu des femmes de la classe moyenne doit préciser les limites de son analyse.

  3. La rédactrice, le comité éditorial et les rédactrices invitées rechercheront activement des articles rédigés par des femmes appartenent à des groupes opprimés ou traitant des femmes en état d'oppression (femmes de couleur, minorités ethniques, handicapées, classe ouvrière, femmes âgées ou jeunes et lesbiennes).

Nous espérons que les lectrices de WEdf nous écriront au cas où un numéro comporte quelque chose qui ne soit pas conforme aux principes que nous avons embrassés.

Toutefois, il faut toujours se rendre compte qu'il est difficile d'étiqueter des groupes dans le but d'en faire des «cibles». Glenda Simms nous explique que l'étiquette qui lui est donnée en tant que membre d'une minorité visible la prive de son identité et exige qu'elle se conforme à une définition de sa personne qui lui est imposée par le monde extérieur. Elle se demande pourquoi il semble si difficile à la société canadienne d'englober tous les Canadiens et de les traiter tous de façon juste. Les organismes oeuvrant dans cette société doivent se pencher carrément sur la question et s'attacher à éliminer ce besoin qu'on a de confiner les individus dans des catégories.

Christina Starr est rédactrice en chef de la revue Women's Education des femmes.



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