ÉDITORIAL



À changer: le programme de sciences

par Rachelle Sender Beauchamp et Lisa avedon


«On ne m 'a certainement pas donné l'impression que je pouvais apporter quelque chose au monde scientifique et qu'il pouvait me donner quelque chose en retour ».

  Propos d'une étudiante cités par Sheila Tobias dans
They're Not Dumb, They'reb Different (1)


Pensez un instant à vos cours de sciences et de maths à l'école secondaire, au collège ou à l'université. Est-ce que vos compagnes et vous preniez passivement en notes les données et les formules que débitait le professeur? Ensuite, vous les appreniez par coeur pour les ressortir à l'examen, n'est-ce pas? Il y avait peu, voire pas du tout, de dialogue avec l'enseignant et les échanges entre élèves se limitaient à "Quelle note tu as eu?.

Comparez ces cours à ceux d'arts visuels où les discussions étaient animées et stimulantes, les sujets abordés vous plaisaient et avaient trait à la vie, la vraie vie. Vous aviez l'impression que votre contribution avait du poids et que vous pouviez continuer à discuter entre les cours.

Pourquoi les maths et les sciences ne peuvent-elles pas être enseignées de manière aussi plaisante et stimulante que les matières plastiques? Le pire, c'est qu'elles peuvent l'être. L'une de nous deux est diplômée d'une école secondaire où les élèves apprenaient les concepts scientifiques au cours d'excursions sur le terrain et d'expériences sur le tas, et où la géométrie se transformait en passion.

L'autre a fait de la physique dans un laboratoire qui ne comptait que des filles et où l'enseignante poussait ces dernières à préparer des repas fabuleux sur les becs Bunsen. En dépit de ces débuts boiteux, toutes les élèves de ce laboratoire ont décroché un diplôme de sciences à l'université et trois sur quatre ont un doctorat.

Les choses n'ont guère changé depuis un quart de siècle. En fait, moins d'élèves, filles et garçons, choisissent aujourd'hui d'étudier les sciences, les maths et les matières techniques. Peggy McIntosh du Stone Centre au Collège Wellesley (Massachussets) a mis au point un excellent modèle en cinq étapes pour élaborer un programme d'études interactif onde qui est fait pour enseigner les sciences et les matières techniques aux femmes (2). Au cours e a première étape, es âmes ne participent pas au programme d'études et leur absence n'est pas remarquée. Au cours de la deuxième étape, sont incluses quelques - femmes lauréates du Prix Nobel, soit des femmes qui ont réussi comme des hommes.

La troisième étape est l'étape des "ismes", c'est-à-dire qu'on se concentre sur les obstacles auxquels se heurtent les femmes. Aux quatrième et cinquième étapes, on en arrive à ce qui est bien, c'est-à-dire qu'on s'oriente vers un programme d'études global qui reflète les expériences de tout le monde et donne une nouvelle définition de la virtuosité.

D'après notre expérience au Women Inventors Project, la plupart des éducateurs et éducatrices se trouvent à l'heure actuelle à la phase deux ou trois. Le défi qui se présente à nous aujourd'hui est de sauter de la phase trois à la phase quatre. Jusqu'à présent l'accent était mis sur l'accès des femmes à un programmes d'études se caractérisant par le "statu quo"; aujourd'hui, il faut passer vers la mise en oeuvre d'un programme qui convienne à toute la population.

Les articles de ce numéro reflètent cette dernière étape; ils traitent de différentes sortes de structures de programmes (Bohnen et Klie, Anderson-Clarke), mais aussi des changements fondamentaux dont l'enseignement des cours doit faire l'objet (Rogers). Certains articles se font l'écho d'expériences vécues par des femmes (Davis et Steiger, Inch et Frieze). De crainte qu'on ne croit que les transformations sont en bonne voie, Binden nous rappelle que les groupes professionnels et les éducateurs s'opposent à tout changement.

Nous voudrions enfin rendre hommage à Margaret Benston pour le rôle qu'elle a joué dans les sciences et le mouvement féministe au Canada en dédiant ce numéro à sa mémoire.

Rachelle Sender Beauchamp et Lisa Avedon sont les deux rédactrices invitées de ce numéro de Women's Education des femmes.

  1. Sheila Tobias, They're Not Dumb, They're Different: Stalking The Second Tier. Tucson, Arizona: Research Corporation, 1990.

  2. Tous nos remerciements au professeur Janice Kock de l'Université Hofstra pour cette interprétation «d'élaboration d'un programme d'études».


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