ÉDITORIAL



Les femmes, la violence et l'éducation:
La douloureuse réalité

par Anne Elliott, Wanita Koczka, Pip Van Nispen, Patricia Williams

Quand nous avons proposé toutes les quatre (nous sommes de Saskatoon et de Prince Albert) de participer à ce numéro, nous esperions publier le récit de femmes victimes de sévices qui avaient eu des répercussions sur leur éducation. Nous avons été époustouflées par le nombre de textes que nous avons reçus.

Ce numéro spécial donne la parole aux femmes; nous avons choisi de laisser celles-ci raconter leurs propres histoires au lieu de publier des généralités. Il ne s'agit pas de belles histoires; il est toutefois essentiel que nous reconnaissions et comprenions ce que ces femmes ont vécu et admirions leur courage.

Dans certaines lettres, des femmes nous disaient qu'elles aimeraient écrire un article, mais qu'elles se sentaient encore trop intimidées pour le faire. Cela confirme l'une de nos convictions, à savoir que la violence et les abus sont intimement liés au pouvoir et au contrôle, et que la violence et les sévices sont systématiques.

On a tendance à ne pas accorder la même importance aux abus psychologiques. Si ce genre d'abus n'a pas des effets aussi évidents, en est-il moins violent pour autant? Combien de filles se sont entendu dire «Votre place n'est pas des cette classe»? À combien de filles a-t-on dit:" Vous pouvez prendre un cours de maths, mais vous n'y ferez pas des merveilles, c'est évident"? Combien de femmes dans les écoles secondaires et les universités doivent écouter un professeur qui fait de «l'humour» aux dépens des femmes et de leurs réalisations? Combien d'enseignants ne voient que les garçons quand ils lèvent la main? Combien de programmes de formation sont réservés aux hommes? Tous ces exemples relèvent de la violence qui détruit la confiance et l'amour-propre des femmes et réduit leurs choix personnels et éducatifs.

Nous avons appris comment certaines jeunes filles et femmes surmontent les abus dont elles sont victimes: elles fuient leur foyer, elles se referment sur elles-mêmes, elles prennent de la drogue ou se mettent à boire, elles deviennent des élèves exemplaires, elles font les quatre cents coups à l'école, elles se mettent en colère. Tout abus a des répercussions sur l'apprentissage, car les femmes concentrent toute leur énergie sur leur survie.

La plupart des femmes qui ont été victimes de violence dans la petite enfance affirment que leur guérison commence à peine, et qu'elle durera toute leur vie. Nombre de femmes affirment que faute d'être éduquées et de sentir qu'elles étaient des êtres humains valables, elles ne seraient pas en mesure d'entamer une convalescence. L'éducation, quelle que soit sa forme, semble être donc la panacée pour toutes ces femmes.

Ce qui précède soulève toutefois une autre question. L'école est -elle un endroit sans dangers pour les jeunes filles et les femmes? Les auteurs affirment que les enfants maltraités y trouvent peu de soutien. Beaucoup d'écoles ne reconnaissent pas que des abus sont commis. Les jeunes femmes et les filles auxquelles on répète constamment qu'elles ne devraient pas étudier une matière particulière, qu'elles ne devraient pas faire des études supérieures, qu'elles ne sont pas aptes à construire une machine ou à la réparer n'ont aucun recours. Au nom de l'éducation, on a volé aux femmes autochtones leur identité, leur patrimoine, leur amour-propre. L'école est-elle un lieu sûr pour elles?

Il faut mettre l'accent sur les révélations individuelles, car cela aide les femmes à valider leurs expériences. Toutefois, pour changer nos institutions il faut déployer des effonts concertés. Devons-nous restructurer le système scolaire, de façon que les jeunes filles et les femmes ne soient plus des citoyennes de seconde catégorie? Retrouverons-nous notre moi en reconnaissant le rôle que les femmes ont joué et en créant des modèles à imiter féminins? Prendrons-nous davantage confiance si nous abordons le problème de la violence psychologique? Nous avons rencontré quelques femmes extraordinaires et fortes qui se sont racontées. Nous sommes senties humbles face à leur confiance; certaines ont dû dissimuler leur nom pour raconter leur histoire. La force de ces femmes nous est aussi une source d'inspiration; elles ont vécu davantage d'horreurs qu'on ne peut l'imaginer. Nous devons faire bon usage de ce qu'elles nous ont appris.

Nous devons toutes nous consacrer à abolir tout abus du système d'éducation et à faire en sorte que les éducateurs reconnaissent les sévices dont sont victimes les femmes. Nous devons changer la manière dont les femmes et les jeunes filles sont traitées dans notre système d'éducation.



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