ÉDITORIAL

Éduquer, c'est prévenir


par Nadya Burton et Leona Heillig

Dans le dernier numéro de WEdf, on nous parlait avec éloquence, puissance et douleur de la violence existant dans la vie des femmes et on nous montrait comment cette même violence faisait barrage à leur éducation. Ce numéro se concentre sur la prévention. Nous espérons que la douleur et la tristesse que beaucoup d'entre nous avons ressenti à la lecture de "L'apprentissage et la violence : les femmes s'expriment" pourront se transformer en actes grâce aux stratégies présentées ici.

Rassembler des articles pour ce numéro n'a pas été facile. Nous avons reçu beaucoup de textes qui ne différaient guère de ceux du numéro précédent, soit des récits d'abus et de violence En œ qui concerne la prévention, les femmes parlent souvent de "guérison", de "rompre le silence", de "s'exprimer". Il est évident qu'il s'agit d'éléments importants de la prévention. Sans le courage incroyable de toutes les survivantes qui ont parlé, le mouvement de lutte contre la violence n'existerait pas, et aucun programme de prévention ne serait en place. Mettre fin à l'isolement des victimes de violence et, échanger des renseignements et des histoires sont des aspects clés de la prévention.

Pourtant, nous devons franchir une autre étape: nous doter de pouvoir et habiliter nos enfants pour être en mesure d'éviter des agressions et de les prévenir avant qu'elles ne se produisent. Nous travaillons toutes les deux au Centre de prévention de la violence de Montréal et nous croyons fermement que les femmes peuvent prévenir ou réduire la violence dans leur vie. L'autodéfense existe depuis des années, mais une véritable philosophie holiste de la prévention de la violence, visant à établir des stratégies pour régler les multiples genres d'agression que subissent les femmes, commence par l'éducation. Prévention de la violence égale éducation. Pour les agresseurs (en majorité des hommes), cela signifie apprendre à faire face à leur colère et leur douleur de manière à ne pas blesser autrui, apprendre aussi à ressentir de la sympathie et de la compassion. Pour les femmes et les enfants, cela signifie prendre conscience de leur pouvoir, se renseigner sur celles qui ont lutté, qui ont résisté avec succès.

Les stratégies de prévention traditionnelles sont axées sur ce qu'on a coutume d'appeler le "contrôle de la victime", lequel consiste essentiellement d'idées ou de règles que l'on suggère aux femmes de suivre pour rester en sécurité. Ces recommandations sont diverses: ne pas sortir de nuit, ne pas parler à des étrangers, installer des serrures imprenables aux portes. En plus de détourner l'attention vers la forme la moins probable d'agression (par un étranger), ces règles limitent notre existence, entravent notre liberté - en fait, nous enlèvent tout contrôle - et nous incitent à blâmer la victime, surtout si elle n'a pas appliqué ces règles. La prévention de la violence devrait améliorer la qualité de nos vies, et non nous déposséder d'encore un peu plus de pouvoir.

Dans ce numéro, nous avons essayé d'envisager une autre sorte de prévention; une prévention se fondant sur l'habilitation, et non sur des règles. Nous avons essayé de montrer ce que nous voyons tous les jours au Centre de prévention de la violence de Montréal, soit qu'une confiance accrue dans son intuition et dans ses capacités aide à réagir à toutes sortes de situations (de celles vraiment violentes au harcèlement quotidien auquel beaucoup d'entre nous faisons face); la prévention de la violence est une éducation qui commence dès l'enfance, lorsque nous apprenons à nos enfants à être des individus attentionnés; les femmes et les enfants ont la force et les capacités de lutter, de partir et d'éviter des situations dangereuses. Et nous pensons que ces compétences peuvent être enseignées de manière habilitante, c'est-à-dire d'une façon qui ne fait pas retomber sur nous le blâme pour les fois où, dans le passé, nous sommes restées passives.

Le mouvement féministe est sur le point d'étudier le problème de la violence faite aux femmes sous un autre jour et nous sommes témoins de ce changement. En plus de s'exprimer, de guérir, de rompre le silence et de mettre fin à notre isolement, nous nous dirigeons vers une nouvelle étape, soit nous habiliter pour prendre des mesures positives non seulement pour guérir, mais aussi pour PRÉVENIR.

La violence constitue un obstacle à notre éducation. La prévention de la violence signifie que nous pouvons vivre librement, comme nous en avons le droit, nous instruire, étudier, vivre une existence pleine. Nous tirons des données et des histoires qui se trouvent ici courage et force.

Nadya Burton et Leona Heillig sont les rédactrices invitées de ce numéro de Women's Education des femmes.



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