ÉDITORIAL



Oh, Canada?

par Bev Suderman

Au début de la présidence de M. Reagan, Mme Gloria Steinem a dit un jour: "Il faut remercier ce type, car il vous crée des alliés". J'éprouve les mêmes sentiments à l'égard de l'étude sur la sécurité sociale qu'entreprend le bureau de M. Lloyd Axworthy. Voilà que tout d'un coup, le CCPEF échange à une vitesse et avec un dynamisme sans précédent renseignements, documents et stratégies avec des organismes de lutte contre la pauvreté, des syndicats, d'autres organismes se consacrant à la justice sociale et, bien entendu, avec des groupes de femmes.

Il faut se demander quel est le rôle du gouvernement?

La réforme de la sécurité sociale aura des conséquences dramatiques sur toute notre existence. La plupart d'entre nous avons été bénéficiaires à un moment donné des programmes sociaux du Canada, que ce soit en touchant les prestations de retraite ou les allocations familiales. Ces programmes ont amélioré la qualité de vie des Canadiens et Canadiennes et leur ont donné une certaine sécurité: soins médicaux, accès à une meilleure éducation et revenu minimum garanti en période de besoin.

Toutefois, les discussions, selon les reportages des médias, semblent blâmer les prestataires des programmes sociaux d'avoir besoin de ces derniers. On accuse les ouvriers de profiter du système d'assurance-chômage dans le cadre d'une relance économique sans emploi. Les inquiétudes que soulève la fraude dont fait l'objet le système du bien-être social surviennent à une époque où l'économie canadienne est aux prises avec une dépression qui dure depuis plus de dix ans et où le taux acceptable de chômage a atteint 12 %. Le Conseil des Canadiens a récemment publié des statistiques que je trouve choquantes: seuls 58 % de la main-d'oeuvre canadienne occupe un emploi à plein temps, c'est-à-dire que les 42 % restants sont employés de manière marginale ou sans emploi, ce qui ne signifie pas qu'ils touchent pour autant les allocations de l'assurance-chômage.

Le contexte dans lequel elle se déroule affecte aussi l'orientation de l'étude de la sécurité sociale. Le gouvernement canadien affirme que le déficit et la dette l'étranglent et, ce faisant, étranglent l'économie canadienne (33 % du budget annuel du gouvernement sert à payer les taux d'intérêt des Obligations d'épargne du Canada, des Bons du Trésor et d'autres institutions financières auxquelles il emprunte de l'argent). Ce qu'il dissimule en revanche, ce sont les conditions de l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis et celles de l'ALENA, en vertu desquelles les systèmes de sécurité sociale des deux pays doivent être harmonisés pour éviter "une concurrence injuste". Harmonisation signifie donc baisser les standards et non les élever.

Autre morceau du casse-tête: les impôts sur les sociétés ne représentent qu'une infime partie des revenus du gouvernement, car le gouvernement précédent a entrepris une réforme de la fiscalité qui réduit les impôts des sociétés et des riches. Ce genre de réforme fiscale s'aligne sur une idéologie s'appelant le monétarisme ou la globalisation du capital, laquelle paralyse les gouvernements nord-américains et européens.

À la lumière de ces faits, il faut se demander quel est le rôle du gouvernement. Son rôle est-il de s'assurer que les riches deviennent plus riches et tous les autres plus pauvres? Ou doit-il faire en sorte que tous les Canadiens et Canadiennes sachent que leurs besoins fondamentaux seront comblés et les droits humains de base respectés?

J'écris de l'Alberta, où notre gouvernement se lance dans l'expérience sociale la plus radicale de ce siècle, soit éliminer le déficit provincial en quatre ans sans hausse des impôts. Les conséquences des coupures se traduisent définitivement comme une guerre contre les femmes, comme le dit Alison Taylor dans ce numéro, et contre d'autres groupes défavorisés. En effet, les femmes seront les premières touchées par la réduction des soins médicaux, de l'accès à une éducation élémentaire, des débouchés professionnels et des programmes d'aide sociale. Est-ce bien dans ce genre de Canada que nous voulons habiter?

Parlez fort et parlez net!

Bev Suderman était jusqu'à encore récemment présidente du CCPEF. Elle participe toujours très activement aux travaux du CCPEF sur l'étude de la sécurité sociale. Bev poursuit aussi ses études et fait partie de la main-d'oeuvre marginale. Pour avoir de plus amples renseignements sur la façon dont vous pouvez participer à la réaction du CCPEF vis-à-vis de l'étude sur la sécurité sociale, veuillez contacter le bureau au (416) 699- 1909 ou au (416) 699- 2145 (télécopieur).



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