DINER-CAUSERIE: LE DR. MARGARET FULTON


Margaret Fulton, présidente de l'Université Mount St-Vincent, est la seule femme à occuper un tel poste au sein des universités canadiennes. A titre de présidente, le Dr. Fulton a encouragé une perspective féministe au niveau du programme d'enseignement, des services de consultation et de l'action. communautaire.

TITRE: MI-DECENNIE DE LA CONFERENCE MONDIALE DES FEMMES

La conférencière invitée samedi soir était le Dr. Margaret Fulton, présidente de l'université Mount St.Vincent et porte-parole du CCPEF au Forum de l'organisation non-gouvernementale de la mi-décennie de la conférence mondiale des femmes qui a eu lieu à Copenhague en été 1980. Le Dr. Fulton a commencé son exposé en faisant le lien entre Copenhague et la conférence originale de l'Année internationale de la femme tenue à Mexico en 1975. Entre autres problèmes majeurs, Copenhague a du faire face à un manque d'installations convenables (la conférence a attiré 8000 déléguées, soit 2000 de plus qu'à Mexico). Pas un seul auditorium ne fut en mesure d'accueillir plus de 600 personnes, tout en offrant les services d'interprétation simultanée. Ces critiques des problèmes logistiques ne touchent en rien le gouvernement danois, d'ajouter le Dr. Fulton, car, sans sa générosité, cette conférence n'aurait jamais eu lieu. Elle devait originellement se dérouler à Téhéran, en Iran. La confusion quant au manque d'espace a été alimentée par la couverture complètement inadéquate d'une presse à prédominance masculine, Forum 80, qui a non seulement manqué à sa tâche en ne fournissant pas une couverture équitable du congrès mais qui, en plus, a même publié des caricatures sexistes qui ont suscité nombre de protestations de la part des déléguées.

La conférence de Mexico a voté un Plan d'action mondiale, qui a déterminé les lignes de conduite à suivre au cours de la décennie s'étendant de 1975 à 1985, en termes d'égalité, de développement et de paix. Le Plan d'action mondiale affirme que les femmes doivent avoir un statut égal aux hommes face à la loi, des changes égales dans les domaines de l'éducation et du travail, des droits égaux au sein du mariage et de la famille, un accès égal aux carrières politiques et professionnelles. A Copenhague, ce plan fut soumis à révision lors de la conférence officielle. Si 94 des 120 nations représentées appuyaient toujours le plan, quatre délégations nationales, dont le Canada s'y opposaient, et 22 s'abstenaient. Le Canada a invoqué comme raison de cette prise de position, le fait que la conférence avait dévié du but premier du Plan, soit de lutter contre les inégalités entre femmes et hommes, sous l'influence d'un petit nombre de délégations qui avaient intégré des notions nationalistes et anti-zionistes au sein du document.

Les personnes qui avaient assisté aux deux conférences n'ont pas été surprises par ces résultats. De telles allusions politiques et le peu de changements dans le statut mondial des femmes depuis 1975 ne contribuent qu'à renfermer l'opinion que les vraies décisions d'importance mondiale ne sont pas prises lors de telles conférences; elles sont prises ailleurs, surtout à l'Assemblée des Nations unies. Cette organisation, qui décide au nom des femmes, allant même jusqu'à établir qu'une décennie sera consacrée à une prise de conscience mondiale sur la condition des femmes, ne compte, pour sa part, que 8 pour cent de femmes permisses membres (et ce chiffre comprend le personnel de bureau). Les statistiques de 1975 indiquent que l'assemblée générale comptait à son actif 180 femmes, par opposition à 2369 hommes.

L'ambiance de la conférence de Copenhague était bien différente de celle de Mexico, car les tensions soulevées par l'insécurité économique mondiale étaient constamment influencées par les tensions résultant de la montée des nationalismes.

Le degré de politisation qui a nuit au consensus lors de la conférence officielle a eu des répercussions sur le Forum N.G.O., même s'il n'y avait aucun lien formel entre ces deux événements. Malgré celà, le forum a fourni une importante contribution en présentant sous une perspective féministe de nombreux sujets d'importance pour les femmes; la paix, l'écologie et la qualité de l'environnement, la santé et le degré d'alphabétisation. Si ces questions ont été jugées très importantes par les femmes, elles ont aussi reconnu le fait que la course mondiale aux armements absorbait plus d'un million de dollars par jour. Il y a deux fois plus de soldats que de médecins, de professeurs, d'infirmiers et infirmières, et ce, à l'époque même où des femmes et des enfants sont condamnés à l'analphabétisme, la maladie, la famine et la mort. Nous vivons dans un monde où, selon un récent rapport des Nations unies, les femmes comptent pour la moitié de la population mondiale, pour le tiers de la force ouvrière "officielle", effectuent, en fait, les deux-tiers du travail mondial actuel, reçoivent un dizième des revenus mondiaux et sont propriétaires de moins de un pour cent des terres mondiales.

Néanmoins, le Dr. Fulton conclut que la conférence de Copenhague a permis un partage d'énergies, de contacts, de participation et d'espoir. Le Plan d'action mondial, malgré ses problèmes de révision, les femmes très spéciales impliquées dans la conférence, sa perspective féministe, a tout de même établi les bases d'une prises d'action de la part de nombreux réseaux de femmes à travers le monde. Même si de telles conférences s'avèrent quelquefois des échecs en soi, le fait même qu'elles ont eu lieu constitue un grand pas en avant pour le mouvement des femmes et sert à rendre publiques leurs préoccupations. Les conséquences seront énormes si les femmes donnent suite aux plans établis et les mettent en action dans leurs propres pays. Les femmes présentes à la conférence témoignaient du désir de toutes leurs soeurs de transformer notre monde en une société plus humaine, qui rejettera les vieux concepts masculins de pouvoir et modifiera les règles qui ont gardé trop longtemps les femmes sous le joug de la servitude.

La conférence sur le colloque Points de Rencontre en éducation et le travail entrepris par le CCPEF constituent, au-dire du Dr. Fulton, une contribution importante aux résolutions adoptées en conférence mondiale et auxquelles il s'agit maintenant de donner suite. Le Plan d'action mondial offre aux femmes un outil dont elles doivent se servir afin de forcer les gouvernements subventionner leurs projets et ainsi provoquer des changements réels et durables au sein de leurs sociétés.



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