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DINER-CAUSERIE : MADELEINE LEBLANC Madeleine LeBlanc a été impliquée dans nombre d'activités liées à la cause des femmes au cours des dix dernières années. A titre de première présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick, elle a été responsable de la conception et de la mise en oeuvre des activités du conseil. En sa qualité de présidente du CCCF, elle se rapporte directement au premier ministre de la province. TITRE : UN CONSEIL CONSULTATIF: QU'EST-CE QU'ON PEUT FAIRE? On m'a probablement demandee de parler du travail du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick parce que celui-ci demeure toujours, même après trois ans, le "petit dernier" des conseils au Canada. Il faut dire qu'en general, la periode de gestation des conseils consultatifs est plutôt longue. Au N.-B., une annee a suffit pour faire adopter la loi regissant le conseil, mais il s'agit d'un temps record dü au fait que 1975 était, bien sür, l'Année internationale de la femme. Le mandat de notre conseil est double: il nous donne la responsabilité de conseiller le gouvernement et le devoir d'informer le public afin de faire évoluer les attitudes envers les femmes. L'un ne peut aller sans l'autre et il nous faut donc travailler sur les deux plans à la fois. Comme le disait Claire Bonenfant, du Québec, "ce n'est pas la première fois qu'on demande à des femmes de faire plusieurs choses en même temps". Au conseil du N.-B. nous avons découvert que le gouvernement ne parle qu'une langue, celle de la pression publique, c'est-à-dire de l'électorat. Il nous a fallu commencer par distribuer énormément d'information et par éduquer le public en parlant de situations telles la violence au foyer, le harcèlement sexuel au travail et beaucoup d'autres injustices faites aux femmes. Le Conseil a fait connaître le rôle qu'il entendait jouer et s'est tout de suite mis à l'écoute des femmes de la province, en installant d'abord une ligne téléphonique sans frais à leur intention et en tenant des réunions publiques dans tous les coins de la province. Nous nous sommes assurées une très grande visibilité dès le début et avons créé un climat de confiance apte à aider les femmes à rompre leur silence. Le conseil s'est fait respecter par la qualité et le moment propice de ses interventions publiques, et la presse régionale et même nationale s'est montrée tres sympathique à notre cause. Au cours des trois dernières années, nous avons traité du partage des biens matrimoniaux, de la loi des services familiaux, des normes d'emploi, du cas des femmes violentèes au foyer, des femmes alcooliques, pharmacodépendantes, des femmes à la retraite, des femmes et du sport, du sexisme en éducation, de l'éthique des forces policières et de bien d'autres sujets encore. Un programme d'affirmation de soi organisé grâce à un projet de création d'emploi, a connu beaucoup de succès. Nous avons tenu deux conférences provinciales, en 1978 et 1980, qui ont réuni respectivement 250 et 350 femmes et ont résulté en un réseau de groupes de sensibilisation et d'action politique. Notre première responsabilité n'en demeure pas moins de conseiller le gouvernement sur les questions touchant à la condition féminine. Nous avons avisé ou tenté d'aviser sur toutes les questions déjà mentionnées et nous nous sommes aperçues que, pour être écoutées, il fallait une force de persuasion plus puissante que celle d'un simple conseil formé de douze personnes. Par ailleurs, comme aucun mécanisme intra-gouvernemental n'assure la mise en application de recommandations, le Conseil doit faire constamment des pressions. Nous n'avons pas encore suggéré la création d'un tel mécanisme, préférant pour le moment transiger directement avec les divers ministères. Pour convaincre de notre efficacité, il faut prouver que les changements préconisés jouissent d'un grand appui. Au N.-B., nous pouvons compter sur l'appui de nombreux groupes et individus. Qu'on pense seulement à notre campagne de sensibilisation sur la situation des femmes battues qui, à grands coups de publicité et de renfort de la part des femmes et des médias, a convaincu le gouvernement de financer un projet pilote de maison de transition. Nous n'avons pas toujours autant de succès, bien sûr. Mais d'autres projets se sont avérés des réussites, tels ceux sur l'éthique des forces policières et sur le développement des services aux femmes alcooliques. Nous avons connu plusieurs déboires, dont le pseudo-plan d'action sur la condition de la femme déposé en juin dernier à l'Assemblée législative, et dont l'échec a provoqué une dénonciation publique de la part du conseil. Nous savons que nombre de politiciens voudraient nous museler, mais nous croyons aussi que les personnes sérieuses comprennent qu'il est de notre rôle de dénoncer les abus et de porter à l'attention du gouvernement et du public les questions qui préoccupent les femmes. Nos conseils ne sont que consultatifs, bien sûr, et ils ont besoin de l'appui des femmes, s'ils veulent survivre. |
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