Introduction

L'avenir se décide maintenant. C'est le saut quantique en quelque sorte! Une civilisation transformée prend forme, sous l'impact d'une technologie si nouvelle que la plupart d'entre nous ne savons même pas la nommer. Comment amener quelques centaines de personnes à discuter de cet avenir déjà devenu réalité? Comment soutenir leur intérêt pendant trois journées, tout en les motivant à assumer elles-mêmes le suivi de l'événement? Réponse: tout d'abord, suivre notre intuition. Surtout ne pas se prendre trop au sérieux. Puis, choisir des thèmes qui préoccupent et fascinent à la fois. S'assurer ensuite de l'excellence des personnes-ressources. Enfin, persister, à travers les désordres et les défaillances, jusqu'au dernier mot de la dernière séance plénière. Après, s'abandonner au rire du succès, à l'hystérie collective qui suit l'épuisement, à l'éclat de solidarité et d'amitié au sein duquel se cristallisent les nouveaux apprentissages.

L'avenir se décide maintenant: "Les femmes et l'impact de la microélectronique" fut une primeur en ce que cette conférence résulta de l'effort conjoint de quatre organismes nationaux. Événement unique aussi puisque la participation dépassa largement les attentes des organisatrices. Début juin, les demandes de renseignements affluaient mais les inscriptions se faisaient attendre. Mi-juin. . . va-t-on atteindre l'objectif visé de 400 inscriptions? Le 25 juin, au début de la conférence, plus de 500 participantes s'inscrivent. Par moment, 600 personnes circulent dans les ateliers et les salles d'exposition. Les résidences des étudiants de l'Université Carleton s'emplissent, les salles de réunion débordent, un va-et-vient de renseignements et d'idées s'instaure qui ne cessera pas avant la fin de l'événement. Tous les points de vue sont exprimés: ici, 1'on dénonce les dangers pour la santé des travailleuses; là, on loue les avantages inestimables de l'ordinateur pour les personnes handicapées. Tandis qu'un atelier appelle à la revendication, un autre conclut que chacune doit d'abord se prendre en main. Des amitiés se lient, les cartes d'affaires circulent, les accolades se multiplient, les plans d'action se précisent. A 1'étage, une conférencière étonnée de se retrouver au programme réfléchit à une présentation impromptue tandis que, d'un pas lent mais déterminé, une vieille dame s'appuie sur sa canne et d'un regard émerveillé s'exclame: "Quelle chance vous aurez de vivre cela!"

Tout au long des trois journées qu'a duré la conférence, l'intérêt fut donc au plus vif. Un sondage effectué plusieurs mois plus tard en témoigne d'ailleurs, puisque plusieurs ont conservé de la rencontre le meilleur des souvenirs. Assaillies depuis quelques années par des informations indéchiffrables et semblant contradictoires, parfois déroutées par 1'ésotérisme de la terminologie technologique, anxieuses d'acquérir quelques points de repère et de partager leurs connaissances et inquiétudes, les participantes sont arrivées à Ottawa en état d'éveil et de recherche. Dans ces circonstances, la rencontre ne pouvait que devenir un processus dynamique, ouvert à l'apport de chacune, orienté plutôt par les interventions faites sur-le-champ que par la programmation.

L'un des aspects les plus enrichissants de cette dynamique fut sans doute d'avoir accepté la nécessité d'un engagement personnel envers le suivi de la conférence. D'emblée, il fut reconnu que d'adopter de pieuses résolutions pour les adresser à droite et à gauche ne servirait qu'à garnir les tablettes les plus oubliées. Toute action corrective ou innovatrice doit venir de soi, de son organisme, et s'inscrire dans son milieu d'abord. Rien de plus exigeant, rien de plus sûr.

C'est un plaisir de publier le compte rendu d'une pareille conférence! Nous sommes même en mesure de faire état du suivi qu'ont assuré plusieurs des participantes, sur le plan personnel ou sur la scène publique. Avis aux incrédules: jamais ne serez- vous aussi heureuses de vous être trompées! Car dans la mesure où elle fut un processus, l'on peut dire que la conférence "Les femmes et l'impact de la microélectronique" n'est pas terminée. Dans l'esprit et les gestes de plein de Canadiennes, elle mijote, complote. . . elle se poursuit, en plein essor.


Dans ce texte, l'emploi du mot « participante» s'applique à tous.



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