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Merci Julyan, et bienvenue à Ottawa, ou devrais-je dire, bienvenue encore, au grand nombre parmi vous qui vous êtes réunies ici il y a à peine plus d'un an pour étudier le problème des droits de la femme sous la nouvelle constitution canadienne. Nous réunissons aujourd'hui pour examiner un problème d'égale importance, les effets d'une nouvelle technologie qui nous propulse vers une seconde révolution industrielle: la technologie de l'informatique. Il s'agit vraiment d'une seconde révolution industrielle. Nous passons de l'ère mécanique à l'ère informatique. Avec l'aide de la puce, minuscule, accessible et économique surtout, les ordinateurs automatisent la production du bois dans les scieries, l'assemblée des autos dans les usines et l'assemblée des rapports dans des bureaux de toutes sortes. La révolution change non seulement ce que nous faisons mais comment nous le faisons. En un mot, le monde du travail se transforme. Il ne s'agit plus de remplir passivement des types d'emplois mécaniques à formules fixes mais d'une chose plus dynamique et changeante. Une nouvelle approche s'impose face au travail, face à la formation et à l'éducation aussi, une approche intimement liée à la notion de l'éducation permanente. Tout comme la notion d'« un emploi pour la vie » est dépassée, au moins pour un très grand nombre, la notion de « compléter son éducation » l'est elle aussi. Il y a donc beaucoup à faire pour s'adapter à cette nouvelle technologie, d'accord? Alors pourquoi fait-on si peu? Quand je discute de ces problèmes avec le gouvernement ou d'autres personnes en position d'autorité, on me répond à la légère que la question de la main-d'uvre n'est pas encore résolue. Oh! dis-je, en pensant aux femmes qui perdent déjà des occasions d'emploi à cause de l'automatisation. Et lorsque j'ai l'occasion de parler à des dirigeants de l'industrie, je trouve qu'ils ne sont prêts à reconnaître qu'un seul problème de la transition à l'ère informatique, le problème du manque de compétences. Ils sont incapables de voir ou refusent d'assumer la responsabilité d'une dimension plus globale dans laquelle plusieurs personnes, des femmes surtout, sont laissées pour compte dans la transition - laissées avec des compétences que l'automatisation a rendues superflues et excédentaires au nombre dont l'industrie a besoin pour résoudre son problème de compétences. Ce point de vue étroit m'irrite beaucoup. Il me rappelle une blague, la seule de mon répertoire. Je l'ai entendue à une autre conférence examinant les répercussions de la technologie électronique sur la main-d'uvre. Un conseiller en gestion l'a racontée pour illustrer l'idée que l'optimisme ou le pessimisme quant aux effets de l'automatisation sur la main-d'uvre n'est qu'une question de point de vue. La blague se situe dans le contexte d'un drame élisabéthain au cours duquel un des personnages doit plonger en enfer. Pour effectuer cette petite manuvre, une trappe est installée au plancher de la scène afin qu'il disparaisse au moment approprié. Tout se passa comme prévu jusqu'au soir où l'acteur qui interprétait ce rôle tomba malade et sa doublure dut le remplacer. Une petite différence entre eux: le remplaçant était quelque peu corpulent. . . Et, vous l'avez deviné, lorsque le grand moment arriva et que la trappe s'ouvrit, il ne passa pas. Dans un éclair, une voix s'éleva au fond du théâtre:« Alléluia, l'enfer est plein! » J'ai observé avec beaucoup d'intérêt que plusieurs femmes de l'auditoire n'ont pas apprécié la blague autant que les hommes, peut-être parce qu'elles s'identifiaient aux difficultés de ceux qui avaient rempli l'enfer. Les femmes sont portées au pessimisme quant aux effets de l'automatisation sur la main-d'uvre parce qu'elles s'identifient aux expériences vécues par les femmes elles-mêmes. Ce qui est universellement mais tacitement considéré "le travail de la femme" dans notre économie s'automatise, tandis que le travail créé ou amélioré par l'informatique est généralement considéré "le travail de l'homme". |
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