Par le travail des femmes, j'entends le travail de soutien. Dans le contexte d'un bureau, il s'agit du soutien administratif et du travail de commis - une occupation qui constitue plus du tiers de la main-d' œuvre féminine au Canada. Si nous poussons plus loin l'examen du secteur tertiaire pour considérer les banques, les compagnies de téléphone, les supermarchés, etc., où l'on trouve un autre tiers de la main-d'œuvre féminine surtout dans des postes de soutien associés à la vente et aux services, il y a là aussi beaucoup d'automatisation.

À l'envers de la médaille de l'automatisation, le travail créé par la technologie électronique contient généralement un élément d'initiative ou de contrôle, ce qui en fait le travail des hommes et le plus souvent, hors frontières pour les femmes. À titre d'exemple, une étude américaine a montré que le pourcentage de femmes occupant des postes cadres n'était que de 6% en 1978, comparé à 5% en 1947. Le bureau de l'avenir est un lieu pour des employés compétents, professionnels et cadres et non pour un personnel de soutien puisque les services de soutien s'automatisent.

Il est plus facile de saisir l'ampleur de ces changements si vous songez à la nature même d'un bureau. C'est un système d'information. Ce système a traditionnellement été fondé sur le papier. Il devient maintenant fondé sur l'électronique et se libère par conséquent des fichiers d'acier et de métal. Il n'est plus nécessaire d'aller au bureau; vous pouvez rejoindre le système d'information là où vous avez un terminal et un téléphone. Ceci peut se faire dans un hôtel à l'autre extrémité du continent ou à domicile, d'où l'expression "travail à la pièce" et la réapparition du travail à domicile comme nouvelle option de travail. J'espère y revenir un peu plus tard car j'ai de graves inquiétudes quant au potentiel d'exploitation, de l'exploitation des femmes surtout, si cette formule devenait la seule option de travail disponible. Cependant, nous pénétrons dans le bureau de l'avenir.

Afin de rejoindre le système d'information électronique qu'est le bureau de l'avenir, il suffit de mettre votre terminal en marche. Ceci équivaut au geste d'ouvrir la porte de votre bureau pour avoir accès à votre table de travail et à vos dossiers. Vous ferez probablement d'abord appel à votre calendrier électronique pour vérifier votre horaire de la journée. Vous examinerez peut-être ensuite les calendriers de vos subalternes pour vous assurer qu'ils aient du travail pour la journée. Enfin, vous examinez votre corbeille électronique où vous trouvez un message électronique de la part de votre patronne qui veut vous voir à son bureau à 1400 heures. Vous pitonnez une réponse qui rejoindra sa case postale électronique par voie électronique. Finalement, vous lisez une lettre d'un collègue d'un bureau régional qui voudrait voir les notes que vous avez prises lors d'une conférence à laquelle vous avez assisté récemment. Ces notes se trouvent dans votre dossier électronique personnel. Pour lui en envoyer une copie, vous n'avez qu'à pitonner l'accès au dossier, indiquer la commande et le nom de votre collègue et la tâche est faite. Inutile de chercher l'adresse et de la transcrire; l'adresse sera à l'annuaire électronique. Inutile d'en faire une copie; les notes, sous forme digitale, seront d'accès automatique.

Dans un des bureaux où j'ai fait de la recherche pour mon livre, Women and the Chip (Les femmes et la puce), le groupe professionnel et gestionnaire accomplit à l'aide de micro- ordinateurs 75 % du travail que les secrétaires faisaient pour eux auparavant. Ils les appellent affectueusement « ma secrétaire électronique ».

J'ai constaté qu'ils ont recours à une curieuse sténographie dans leurs messages électroniques. C'est là un nouvel indice que l'automatisation fait disparaître l'écriture comme activité distincte. Avec les machines à traiter les textes, nous assistons à l'automatisation de la seconde copie dactylographiée dont on dit qu'elle représentait 70 % du temps consacré à la dactylographie. Les- lecteurs optiques permettent de convertir le matériel imprimé en messages électroniques sans l'intervention d'une perforeuse ou d'une opératrice de saisies de données. Et comme les Systèmes d'informatique sont de plus en plus aptes à se relier ou à se parler, l'intermédiaire humain n'est plus nécessaire là non plus. Ainsi, le recyclage des femmes de l'écriture sur papier à l'écriture sur terminaux n'est au mieux qu'une mesure à court terme. La demande des opératrices de saisies de données est déjà en baisse. Les perforeuses sont dépassées. En ce qui concerne la nouvelle occupation tant vantée du traitement des textes, lorsque j'ai adressé la parole au printemps dernier à Peterborough (Ontario), un panéliste du bureau local de la main-d'œuvre nous a dit qu'il y avait environ 700 opérateurs spécialisés dans le traitement des textes sans emploi dans la région de Peterborough.


On pourrait rencontrer une formule comme celle-ci: L M le T.



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