Aujourd'hui, en classe, je lis, j'écris et je discute multiples points communs avec d'autres femmes. Les mots de Simone de Beauvoir, de son livre Le Deuxième Sexe, me touchent et m'inspirent. Les déclarations de Robin Morgan me hantent. Je me forge une nouvelle bibliothèque. J'ai des héroïnes. Je parle de la relation entre les femmes et la beauté, la relation entre les stéréotypes et l'amour et l'importance des rites de passage. J'échange mes découvertes avec d'autres femmes qui se découvrent autant de trésors.

J'en suis maintenant à ma dernière session au CEGEP. Je travaille avec appétit depuis que j'ai compris l'importance de me laisser inspirer par mes visions de grandeur et de succès. Il n'y a pas longtemps, j'envisageais mon succès autrement. Il embrassait la tradition, la sécurité, la voie usuelle de bien des femmes: il dépendait d'un autre. Je cherchais à rencontrer un homme. Aujourd'hui je me rends compte que plus j'accède à mon succès personnel, moins mon bonheur dépend d'un autre. Ma confiance en moi grandit. Et tenant compte des réalités de la condition des femmes, je me dois d'entretenir ma confiance.

Il y a les statistiques de crève-coeur. Celles qui m'informent que la femme détenant un bac en administration commande le même salaire que l'homme qui possède un diplôme d'études secondaires! Ou, en d'autres mots, une femme gagne $0.59 pour le dollar que gagne un homme, pour le même travail. Ou, encore, il y a le fait que les 2/3 des femmes canadiennes, âgées de 65 ans et plus, souffrent de pauvreté extrême, pour ne rien dire de la solitude, l'isolement et la honte qu'accompagnent cette situation.

Oh! oui, j'amasse des faits et des statistiques qui font hurler. Je deviens parfois déprimée parce que mon âme déborde d'amertume et de désespoir. Parfois je soupçonne fortement que je vis que pour défendre mes droits de femme. Mais, comme on dit, "il y a du pain sur la planche" quand on s'admet que les hommes détiennent le pouvoir. Que dire du fait que le comité administratif typique siège une femme à comparer à 15-20 hommes? Et ce, malgré la population grandissante d'étudiantes au niveau universitaire.

Je m'occupe d'emmagasiner le plus d'information possible sur mon statut en tant que femme. Ce n'est pas parce que je suis masochiste, quoique ce que j'apprends me fait mal, mais plutôt parce que je crois à ma force et à ma tendresse. J'accumule les faits qui, à l'heure actuelle, gouvernent ma vie afin de les mettre sous microscope et les disséquer parce que je cherche des solutions. Je crois aux révolutions personnelles et aux révolutions collectives. Je reconnais, de jour en jour, l'influence et la force que contiennent les mots. C'est pourquoi j'admire et je remercie l'intelligence de mes soeurs qui ont travaillé fort à faire changer la terminologie de la loi sur le viol. Grâce à elles, le viol n'est plus un acte sexuel mais bel et bien un acte de violence. La nuance, exposée au microscope, devient un monde! Grâce à leurs débats, mon amour-propre s'étend. Parfois j'en déborde. Ces moments, de plus en plus fréquents, se manifestent par mon envie de rire et de faire rire. Mes ami(e)s, de plus en plus nombreux, jouissent de mes talents de comédienne. En riant avec moi, ils/elles me font le plus beau cadeau. Ils/elles entretiennent ma jeunesse et mon espoir!



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