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ÉDITORIAL CCPEF :
Pro-Choix
Il y a quelque temps le Conseil d'administration du CCPEF a adopté, au cours d'une réunion, une politique qui reconnaît aux Canadiennes le droit de choisir le moment opportun pour avoir des enfants, y compris celui de se faire avorter si elles le désirent. Les raisons ne manquaient pas pour franchir ce pas marqué d'honorabilité. Tout d'abord, chez les hétérosexuels, les femmes ayant une vie sexuelle active peuvent à l'heure actuelle exercer un contrôle sur leur vie reproductive, et sur leur existence en général, grâce aux moyens de contraception qui sont devenus sûrs et fiables. Le fait que ces droits aient été petit à petit reconnus dans toutes les classes sociales et chez toutes les races dans de nombreux pays marque une étape dans l'histoire de l'humanité. Pourtant, au Canada, la reconnaissance de ces droits n'est pas encore profondément ancrée dans la politique ou dans l'esprit des chefs de notre pays. Il faut donc que tous les groupes féministes et tous ceux qui croient que les femmes ont des droits défendent ces derniers jusqu'à ce qu'ils ne soient plus jamais remis en question. Ensuite, la nation canadienne se trouve aujourd'hui à une étape cruciale du point de vue des politiques élaborées pour les femmes et la famille en général, le droit des femmes à l'avortement occupant une place particulièrement importante dans ce domaine. Il incombe au CCPEF, en tant qu'organisme démocratique, de parler ouvertement à ses représentantes élues de l'avortement de façon que soient reconnus le caractère humain et le bon sens des femmes. De plus, en matière d'apprentissage, il est essentiel que les femmes puissent choisir le moment opportun d'avoir un enfant. Si des femmes hétérosexuelles ayant une vie sexuelle active ne peuvent prévoir leur grossesse, il leur est impossible de mettre sur pied une marche à suivre pour leurs études à l'âge adulte et d'être sûres par conséquent que leur projet ne sera pas à un moment ou à un autre remis en question par une grossesse. De plus, un avortement illégal mettant la vie d'une femme en danger n'est certes pas le moyen pour élargir les occasions d'apprentissage. Il y a peut-être des membres du CCPEF qui ne croient pas que les femmes ont le droit d'exercer un contrôle sur leur propre vie reproductive en choisissant de se faire avorter, ceci en toute liberté. Lorsque ces femmes réfléchiront à la nouvelle ligne de conduite que le CCPEF a adoptée par rapport à l'avortement, elles devraient peut-être penser à la relation qui existe entre leurs idées sur le sujet et la question d'intérêt public sur les droits de la femme en matière de reproduction. Faisons un parallèle: les droits à l'éducation sont reconnus, mais ceci n'oblige personne à s'instruire. De la même façon, les droits que la femme doit avoir sur le plan de la reproduction ne l'obligent pas à se faire avorter. Les membres du CCPEF pourraient aussi analyser le sens que prend leur adhésion dans un organisme pluraliste comme le nôtre. Notre pluralisme se manifeste par le fait que nous acceptons l'analyse politico-sociale (y compris religieuse) de tous nos membres, dans la mesure où celle-ci ne s'écarte pas des principes de notre organisme. Les membres du Conseil administratif du CCPEF sont tombés d'accord pour dire que le droit des femmes en matière de reproduction est un principe qu'en tant qu'organisme nous nous devons de défendre. Enfin, de nombreux groupes féministes se sont rendu compte au cours de leurs discussions sur l'avortement qu'il était important de maintenir le dialogue pendant l'élaboration de toutes les politiques. Pendant que le Conseil d'administration se penchait sur la question de l'avortement, nous avons pris conscience, qu'en dépit du côté profondément émotionnel de ce sujet, il était impératif que nous exposions nos raisons. Il est possible qu'à l'avenir le CCPEF aborde à nouveau la question du droit des femmes en matière de reproduction et, dans ce cas, il serait sage de continuer à dialoguer selon un mode raisonné. Cathy Bray est directrice du Programme pour les femmes et du centre de ressources à l'université de l'Alberta d'Edmonton. Elle a fini son doctorat en sociologie des sports à la même université et occupe le poste de directrice du CCPEF depuis le mois de mai 1987. |
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