ÉDITORIAL

En direct du Forum des ONG à Huariou


par Lynn Fogwill

Règne une
atmosphère de
vision partagée
et de réel
plaisir.

Ce volet de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes des Nations unies se déroule dans un endroit étonnant, au milieu d'un kaléidoscope de bruits, de scènes, d'odeurs et de sentiments. Ici, au Centre des médias ont été installés près de cent ordinateurs, dont les participantes peuvent se servir gratuitement. Tout autour de moi, des femmes travaillent, comme moi: j'expédie des messages à ceux et celles que j'ai laissés derrière, j'envoie des nouvelles à des organismes à l'autre bout du monde et leur demande leur appui. Règne une atmosphère de vision partagée et de réel plaisir. Nous participons à un moment historique et nous le savons.

C'est un endroit où nous sommes en nombre: 28500 femmes (personne n'est sûr de ce chiffre) au Forum des ONG, des femmes de tout âge, de toutes les races, de toute langue et portant divers costumes nationaux. Tous les jours, plus de 400 ateliers, ainsi que des séances plénières et des manifestations culturelles sont organisées. Essayer de planifier son emploi du temps et de prévoir un itinéraire stratégique pour se rendre d'une activité à une autre dans ce domaine de 40 à 50 hectares est en soi épuisant. Aux ateliers, toutefois, règne souvent la même ambiance que dans une cuisine, où se sont retrouvées des amies ou des voisines.

C'est un endroit bruissant de rumeurs. La police chinoise a fait des réserves de couvertures pour couvrir nos corps nus lorsque nous irons danser sur la Place Tienanmen. La police de sûreté a fouillé les chambres, les effets personnels et les papiers de certaines femmes. Les Australiennes ont été victimes d'une rafle de la police pendant une de réunion. Celle-ci a dû être interrompue, car elle se tenait dans un hôtel, et non dans un lieu "désigné". Les exilées tibétaines font l'objet de harcèlement. Il y aura une manifestation... Il y a eu une manifestation. Difficile d'évaluer la véracité de ces rumeurs.

C'est un endroit empreint d'un léger malaise et témoin d'affrontements. Les Coréennes s'en prennent aux Japonaises, leur intimant de retourner chez elles. Au cours de la réunion quotidienne des Canadiennes, quelqu'un a crié: "Sortez cet enfant de la tente!" Attendre patiemment en file n'est pas la panacée universelle. Est-ce que l'amour entre soeurs s'arrête au moment une femme de plus se fraie un passage au coude à coude pour se planter devant moi dans la queue? J'ai honte de nous toutes. Qu'advient-il de notre respect mutuel? Du soutien que nous prônons? Qu'en est-il de l'énoncé "Si les femmes dirigeaient, nous vivrions dans un monde bien différent?"

Pourtant, c'est un endroit d'un mouvement mondial de femmes. Les travaux visant à établir des réseaux que nous entamons ici se poursuivront, en particulier par l'intermédiaire de ce même médium. Ce qui compte, c'est ce qui découlera de cette conférence. Beijing changera tout. Des femmes du Nord et du Sud ont eu l'occasion d'échanger des histoires et de découvrir des inquiétudes et problèmes communs. Les répercussions incroyablement négatives sur les femmes des politiques de réajustement structurel, indépendamment de la structure de l'économie nationale, et la féminisation de la pauvreté dans le monde entier sont aujourd'hui comprises. L'étendue de la violence faite aux femmes et toutes les formes de cette violence ont été nommées. La situation marginale des femmes et des filles en matière d'éducation est toujours très réelle, en dépit de certains succès remportés à ce propos depuis la conférence de Nairobi en 1975.

Grâce aux moyens de communication électroniques, nous pouvons continuer de nous soutenir et de faire front commun. Nous devons, toutefois, nous assurer que des rapports de force ne sont pas tout bonnement perpétués par le biais de ces technologies. Si toutes les femmes, celles des pays des hémisphères nord et sud, en particulier celles appartenant à de petits ONG, n'ont pas accès à la technologie, nous aurons trahi l'espoir donné et les promesses faites à Beijing. Pour le CCPEF, il existe de nouvelles possibilités de créer des liens à l'échelle internationale. J'ai eu le privilège de me lier avec des Australiennes et des Suédoises, avec lesquelles j'ai discuté en termes pratiques de l'après-Beijing et de notre engagement d'établir des réseaux. Nous avons également évoqué la possibilité d'organiser une conférence internationale des spécialistes femmes de l'éducation des adultes.

Le CCPEF suivra à la lettre le thème de la chanson du Forum des ONG "Allons toujours de l'avant, jamais à reculons".

Lynn Fogwill, qui habite dans les Territoires du Nord- Ouest, est l'un des membres fondateurs du CCPEF. Elle occupe à l'heure actuelle la présidence du CCPEF. Un article plus détaillé de Lynn Fogwill et Susan Lafleur sur l'importance de la conférence de Beijing et consacré à l'éducation des femmes paraîtra dans un prochain numéro de Wedf



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