"Les affaires
d'l'école? C'est
une affaire de
femmes. Tout
ce qui a à faire
avec les
enfants, c'est
une affaire de
femmes. "

Les habiletés de la reconnaissance des acquis: appliquer des principes organisationnels, faire de la planification stratégique et administrer un budget. Puisque la présence des batteux alourdit la tâche des femmes, il n'est pas surprenant que certaines n'appréciaient pas ce moment de l'année.

Ah, les battages, c'tait pas drôle. Moé, j'aimais pas ça. J'tais avec mes p'tits ... fallait achter toutes sortes de choses. Fallait engager. Dans c'temps-là, on avait pas nos affaires à nuzôtes. Fallait engager des étrangers. Pis on sait pas comment c'tait ... Ah ça, je détestais les battages ... La plupart du temps, y couchaient dans l'étable pis dans l'grinier. Ah, si ça faisait du manger. Moé, j'haïssais ça. Pis fallait faire du bon manger. T'en avais, on app'lait ça des gueules fines. Tsé, c'tait habitué à manger des 'tits çi, des 'tits ça. J'haïssais ça, moé. (110)

Du côté des enfants
La responsabilité première des femmes était celle des enfants. Dans le quotidien, elles s'occupaient, entre autres, de l'alimentation et des prières. Voici quelques exemples en ce qui a trait aux vêtements et aux devoirs des enfants. Pour toutes ces activités, L'habileté de la reconnaissance des acquis: enseigner une habileté, un concept, des principes.

Commençons par les vêtements. Dix-sept mères font les vêtements de leurs enfants. L'une d'elles, par exemple, faisait ses propres vêtements et ceux des enfants avec des vêtements usagés, comme de vieux manteaux. Son mari allait à la ville voisine pour acheter les siens. Quand les femmes faisaient-elles cette tâche? "On travaillait la nuit pour avoir plus de liberté, jusqu'à minuit, une heure des fois. J'avais un vieux moulin à pédale Singer." (I 4) Quant l'informatrice I 9, elle cousait aussi à partir de vieux vêtements: "On avait du vieux linge pour faire du neuf avec ... du linge qui faisait pu à un, on l'baissait à l'autre. En faisant des p'tites améliorations, ben sûr." L'informatrice I 6 cousait tellement qu'un bon dimanche, en farce, son enfant dit à ses grand- parents maternels: "Y'a rien qu'les bottines qu'môman a l'a pas faites." L'informatrice I16 faisait des vêtements par plaisir, comme loisir: J'faisais les chemises de mes garçons et tout. J'faisais plutôt ça pour m'amuser. Toutes les petites chemises, les couches, c'est toute moi qui avait fait ça. Pis les p'tites couvertes aussi. Ainsi, la couture occupe amplement les femmes. Les habiletés de la reconnaissance des acquis: habiletés de mathématique, de conceptualisation d'un ouvrage et de créativité ainsi que d'appliquer différentes méthodes pour arriver à un produit fini adéquat et acceptable, selon des critères préétablis.

Voyons maintenant de plus près un des aspects de l'éducation des enfants: les devoirs et les leçons. Car voyez-vous, "Les affaires d'l'école? C'est une affaire de femmes. Tout ce qui a à faire avec les enfants, c'est une affaire de femmes." (I 1) Les informatrices se sont acquittées de ce devoir dans la mesure de leurs capacités: "On charchait dans les encyclopédies pis toute ça, ensemble. Pour les faire lire, j'tais bonne, épeler ou queque chose, mais quand ça l'arrivait à l'arithmétiqu', fallait qu'y s'arrangent eux-autr'mêmes." (15) L 'habileté de la reconnaissance des acquis: identifier les ressources matérielles utiles à la solution d'un problème.

Quel que soit le niveau d'instruction formelle des femmes, l'apprentissage scolaire à la maison reste leur domaine. Il va sans dire que la tâche est proportionnelle au nombre d'enfants. L'informatrice I 12, qui en avait quatorze, devait faire preuve d'une grande organisation: "Y'en avait beaucoup à faire. J'commençais par les plus p'tits puis après, c'tait les plus grands. J'avais pas l'choix. Fallait ben qu'j'aide les enfants. Lui, y l'faisait jamais."

Et des loisirs? Les femmes interviewées n'en on pas, pas plus que les Québécoises de la même époque, d'ailleurs.7 Certaines d'entre elles ont fait preuve de finesse politique car prendre part à des réunions publiques pendant leur temps libre demeurait toutefois exceptionnel. En effet, les femmes n'y semblent pas admises, comme le dit l'une d'elles:

On en avait des assemblées d'école, des assemblées d'commissaires. On y allait pas (les femmes), mais ça nous intéressait quand même. Les femmes y... y s'en mêlaient à maison... mais y' avaient pas le droit d'vote à ces places-là. Ah ben, j'le sais pas mais y s' en mêlaient pareil. (Rires) (19)

L'habileté de la reconnaissance des acquis: utiliser des formules et des styles de communication variés pour convaincre.

Conclusion
En terminant, disons que leurs gestes peuvent se résumer à peu de choses mais combien importantes. De la reproduction biologique comme telle en passant par les accouchement et les relevailles, j'ai essayé de voir quelles habiletés les informatrices avaient acquises par leur travail à la maison. Il me faudrait beaucoup de temps pour dévoiler l'ensemble de leurs contributions à la survie de la communauté franco-manitobaine.

Alors, j'espère avoir rapidement démontré comment la méthode de la reconnaissance des acquis permet d'utiliser les expériences des femmes pour faire ressortir les habiletés acquises à la maison mais qui auraient pu mener au marché du travail. En fait, comme le travail non salarié est rarement valorisé, la méthode de la reconnaissance des acquis permet de donner une valeur à ce que les femmes font encore gratuitement, malheureusement. Il importe d'accepter d'emblée ce principe pour revaloriser l'apport des femmes dans la société. Objectiviser, voilà la clef derrière la démarche de la reconnaissance des acquis. Toujours garder en tête la question suivante; qu'est-ce que j'ai appris en faisant cette; expérience, ce voyage, ce travail ou ce bénévolat? Je vous laisse donc avec la dite question: qu'est-ce que vous apprenez en participant à une assemblée générale annuelle?

7. Denise Lemieux et Lucie Mercier, Les femmes au tournant du siècle, Montréal, Institut québécois de recherche sur la culture (iqrc), 1989, p. 320.

Monique Hébert occupe le poste de coordonnatrice du Comité de coordination régional pour contrer la violence faite aux femmes de le région d'Ottawa-Carleton. À la automne 1995, elle recevait le prix Réseau, accordé chaque année à une femme d'action au Manitoba français. La réalité des femmes francophones, elle la connaît bien et tente de la défendre et de l'améliorer.



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