Le cadre moyen de l'avenir est un professionnel familier de l'informatique (computer literate) qui administre les ressources des systèmes électroniques d'information. Le modèle de l'industrie canadienne est d'embaucher un analyste fonctionnel ou un ingénieur et de la parachuter (malheureusement, c'est le plus souvent « le » parachuter) dans les rangs des cadres moyens. Bien sûr, cette approche contribue au problème qui préoccupe le plus l'industrie - notamment le manque de compétences, car les universités canadiennes ne suffisent pas à former ces professionnels de l'informatique. Elle conduit aussi au problème qui m'inquiète comme il inquiète la plupart des femmes, notamment celui des femmes qui traînent en arrière, soit dans les rangs du personnel de soutien, soit, si elles ont réussi à accéder aux échelons des cadres moyens, dans les occupations de plus en plus superflues de l'administration traditionnelle.

Une solution qui résoudrait les deux problèmes et reconnaîtrait le besoin dont j'ai parlé plus tôt de s'adapter aux changements constants consisterait à redéfinir les modèles de travail ou à récupérer les postes. L'idée consiste à permettre que tous les postes évoluent, que les tâches et non les personnes soient déclarées superflues. En termes pratiques, cela suppose l'éducation et la formation d'une part et la réorganisation du travail d'autre part. Cette idée pourrait se réaliser à travers des programmes d'apprentissage, des programmes coopératifs travail étude ou même des programmes d'action positive.

Permettez-moi d'esquisser quelques exemples tirés d'un chapitre de mon nouveau livre qui a pour sous-titre: New Directions for Traditionnel Jobs (Les nouvelles directions des emplois traditionnels). J'y discute de trois directions nouvelles pour les femmes menacées de licenciement dans des emplois traditionnels de bureau. Celles-ci s'orientent vers la présentation de l'information (progiciels), la gestion des systèmes et la recherche. Une personne qui aurait du talent pour le dessin et qui s'intéresserait à la mise en page pourrait simplement passer du travail de mise en pages de lettres et de rapports qu'elle accomplissait comme secrétaire à la présentation de l'information dans le nouveau mode vidéotex. Des cours d'infographie, de télidon et de système informatique compléteraient utilement l'apprentissage au travail délibérément prévu dans la description des tâches. Ce choix de carrière conduirait au travail auprès du personnel ou au domaine des relations publiques.

Dans le cas de celle qui s'intéresserait à l'administration et à la gestion de bureau, des projets réalisés en milieu de travail pourraient formaliser les connaissances déjà acquises par l'expérience, et des cours extérieurs de gestion, d'analyse fonctionnelle et peut-être même de théorie de l'analyse l'aideraient à se tailler une carrière d'administratrice dans le bureau de l'avenir.

Pour le travail de recherche, une personne qui aurait simplement fait le classement des fichiers pourrait commencer à faire la recherche de données dans des banques extérieures de données, apprendre ensuite les protocoles d'accès aux différentes bases de données spécialisées et, avec des cours extérieurs en bibliothéconomie, formuler les mots-clés pour extraire l'information pertinente de ces sources extérieures, ce qui lui permettrait d'aider à organiser, pour son employeur, un fichier central de données.

Comme vous pouvez le constater d'après ces trois exemples, ce que je juge être l'adaptation nécessaire à la période de changements que nous traversons dépasse largement l'acquisition d'habiletés particulières - l'opération de la machine à traitement de textes, par exemple. L'adaptation doit s'accommoder de la perspective de changements continus, de l'obsolescence continue des compétences et des connaissances.

Et au cas où il y aurait encore des incrédules, laissez-moi ajouter que l'on prévoit qu'entre 1979 et l'an 2000, les deux tiers du contenu de la plupart des emplois auront été remplacés par des activités nouvelles exigeant de nouvelles compétences. La meilleure préparation alors est de commencer par une bonne formation générale en informatique - c'est-à-dire se familiariser avec les ordinateurs. Il y a plusieurs définitions de cette familiarisation mais on s'entend au moins sur ce qu'elle n'est pas. Il ne s'agit pas de devenir informaticien ou spécialiste. Tout comme nous utilisons tous le téléphone sans avoir la moindre notion de son fonctionnement, ainsi nous utiliserons de plus en plus ce puissant outil d'information qu'est l'ordinateur sans devoir savoir comment il fonctionne. Il suffit de savoir s'en servir. C'est ça que de se familiariser avec les ordinateurs.

Le premier élément de familiarisation consiste à connaître les différents types de systèmes informatiques - pour calculer, pour traiter les textes, pour inventorier, et les cinq composantes communes à tous les systèmes informatiques - l'entrée, l'extraction, la mémoire, etc. Une deuxième étape dans l'apprentissage de base de la technologie informatique consiste à apprendre quelques principes fondamentaux. Les programmes fonctionnent sur un principe de déduction logique que l'on connaît depuis Aristote. L'application bidirectionnelle de ce principe correspond aux interrupteurs binaires en position ouverte ou fermée à l'intérieur de l'ordinateur. Un troisième élément de familiarisation consiste à comprendre le rôle social de l'ordinateur et le contexte dans lequel la technologie s'introduit. Non seulement cet élément cultive-t-il un sens de responsabilité à l'égard de l'innovation technologique, mais il réaffirme la relation entre la cause technologique et l'effet social.



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