Une fois acquise une vue d'ensemble de la technologie informatique et de son rôle dans la société, il est relativement facile d'y ajouter les connaissances pratiques et les compétences qui conviennent à votre domaine d'activité. Dans les exemples cités plus tôt, les applications pourraient inclure l'infographie et la taxonomie, alors que les connaissances pratiques s'intéresseraient aux systèmes informatisés dans l'administration d'affaires et aux langages machines pour les systèmes de bureaux. Une formation interdisciplinaire est certainement à conseiller pour une souplesse maximale. Dans une certaine mesure, les gens seront appelés à créer leurs propres programmes d'éducation et à adapter les connaissances acquises dans leur discipline, que ce soit l'économique, l'architecture ou le marketing, au contexte de l'ère informatique.

Mais cette activité fait également partie de la nouvelle approche que je considère nécessaire. Tout comme nous devons abandonner la notion de gens se pliant passivement à des descriptions de tâches fixes et penser en termes d'une participation plus active à une carrière en évolution, nous devons aussi abandonner la notion de personnes digérant passivement un programme d'études fixe et les voir prendre en main leur propre éducation permanente. Autrement dit, la notion de l'éducation se poursuivant durant toute la vie est en voie de remplacer la notion d'une éducation que l'on complète à 18 ou 21 ans, un peu comme la bonne forme physique et l'utilisation de la soie dentaire.

Puisque je suis parfois coupable de quelques négligences vis-à-vis l'exercice physique et l'utilisation de la soie dentaire, je puis affirmer qu'il est difficile de changer nos habitudes fondamentales et nos attitudes face à la vie. Mais on parle du besoin de changer depuis longtemps. Dans un livre publié en 1970, Margaret Mead soutenait que le présent n'est plus un prolongement du passé mais une sorte d'explosion de l'avenir qui nous éclate à la figure. En préparant les jeunes pour le monde de l'avenir, expliquait-elle, il ne convient plus de leur enseigner ce qu'ils doivent apprendre mais comment apprendre.

Pour instaurer ce qui est essentiellement une prise en mains individuelle de l'éducation, elle préconise le modèle du dialogue où les étudiants participent à leur propre éducation et assument la responsabilité de leur croissance et de leur développement dans le monde du travail. Qu'est-ce qu'implique cette approche à l'éducation? Elle implique une bonne préparation à la recherche, des conseils plutôt que des ordres, des conseils sur les associations professionnelles ou artisanales, des conseils sur les revues spécialisées et des renseignements sur les groupes d'auto-détermination tels les réseaux de femmes qui s'organisent à travers le Canada.

Le modèle du dialogue pour participer aux changements serait en mesure d'aider les femmes à confronter des modèles ancrés de socialisation qui orientent les femmes vers des emplois de soutien comme le seul "travail de femme" qui leur soit disponible et les y confinent. Il est aussi important de supprimer ce modèle qu'il est important d'éduquer et de redéfinir les tâches pour s'assurer que les femmes aient une place dans l'ère informa- tique, parmi ceux qui exercent l'initiative et le contrôle, et ne soient pas reléguées par l'automatisation. Laissez-moi vous donner quelques exemples tirés de ma recherche.

L'exemple le plus clair est ce qui est arrivé quand on a introduit le bureau de l'avenir au département des systèmes informatiques d'une grande compagnie canadienne, ce département étant le premier dans le projet quinquennal de la compagnie d'installer un système électronique d'information dans toute l'entreprise. Au cours de la transition au département des systèmes informatiques, le nombre de commis a diminué de 130 alors que le nombre d'employés professionnels et cadres a augmenté de 110. Deux commis seulement ont été promus à l'échelon professionnel/ cadre. Les autres ont obtenu des transferts latéraux à des départements qui n'avaient pas encore été automatisés. Quand j'ai demandé à l'agent du personnel ce qu'il comptait faire quand il aurait épuisé les possibilités de transferts latéraux, il m'a répondu d'une manière que j'ai jugée plutôt désinvolte: "J'imagine qu'elles iront là où vont les commis superflus." J'avais l'image d'un tas d'ordures où on abandonnerait ces femmes. Cet homme voyait, ou choisissait de voir ces femmes strictement comme un personnel de soutien et incapables de faire autre chose. Dans l'autre exemple, toujours dans la même compagnie, il restait deux secrétaires au département des systèmes informatiques après son automatisation, dont une travaillait pour le directeur du département. Avec l'étendue de l'automatisation déjà décrite, vous devinez bien que les fonctions traditionnelles de secrétaire n'occupaient même pas la moitié de son temps. Lui ayant demandé de décrire son travail, j'ai appris que la plus grande partie de son temps était consacrée à la recherche sur ordinateur et à l'administration du système. Quand je l'ai entendue décrire son travail, j'ai pensé, ah bien, ils en ont fait un poste de formation en gestion. Mais non. Lorsque j'ai demandé à son patron s'il s'agissait vraiment d'un poste de formation en gestion, l'idée a semblé le choquer. Pour expliquer son désarroi, il a dit: « Mais vous ne pouvez pas faire un médecin d'une infirmière. »



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