Au cours des derniers mois, j'ai eu l'occasion de rencontrer des femmes de tous les coins du pays qui se préoccupent des effets de l'automatisation et de l'informatisation sur la société en général et sur les femmes en particulier. J'ai participé à des conférences, à des ateliers, à des panels. J'ai passé de longues soirées à causer, à analyser de plus en plus profondément ce qui m'a paru une préoccupation commune: comment freiner dans l'informatisation le régime de contrôle centralisé et le remplacer par une éthique d' auto-détermination créatrice ou, autrement dit, le pouvoir d'agir plutôt que le pouvoir sur quelqu'un.

Lorsque j'étais à Vancouver, Anne Ironside, une femme très dynamique associée au Knowledge Network (Réseau de connaissances) aussi bien qu'au Centre de ressources des femmes, m'a donné un article d'une théologienne du nom d'Elizabeth Dodson Gray sur l'histoire de Frankenstein telle qu'écrite à l'origine par Mary Shelley au dix-neuvième siècle, à l'époque où Charles Babbage concevait le premier prototype d'ordinateur. Le thème du récit de Mary Shelley n'est pas la folie technologique (déterminisme technologique) comme la version hollywoodienne nous le ferait croire. C'est plutôt le besoin d'être, tel un parent, responsable de la technologie. Le point culminant du récit survient lorsque l'homme artificiel, le monstre, confronte son créateur, Frankenstein, pour lui faire valoir que l'invention d'une chose puissante et nouvelle ne suffit pas. Il faut se préoccuper de sa place dans la sphère des rapports humains. Dans son analyse, Elizabeth Gray met en valeur ce rôle de parent dont les soins sont essentiels aux applications de la technologie.

Je vois là la perspective féministe sur le changement technologique et j'y vois un aspect de notre mandat. C'est pour- quoi nous devons prendre la parole et nous engager dans le débat la technologie informatique: non seulement pour empêcher le chômage massif et le sous-emploi des femmes, mais aussi pour nous assurer que la technologie devienne un instrument de pouvoir qui permette aux gens de faire plus, et non une force dominatrice qui les remplace et les dégrade. Merci.



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