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La création d'une nouvelle infraction criminelle ne suffit cependant pas. Nous avons besoin d'un programme de sensibilisation afin d'inciter les individus à faire en sorte que les dossiers portant leurs propres renseignements personnels soient bien à jour et exacts. Sinon, ils sont inutiles et peuvent leur nuire et être dangereux. Pourtant, rares sont ceux qui prennent la peine de vérifier leurs propres dossiers; très peu s'inquiètent de l'essor incroyable de notre capacité de colliger, de stocker, de trans- mettre et de traiter des données. Seule une minorité semble s'inquiéter de l'arrivée imminente de la société dite de l'information où tous les dossiers seront informatisés. Il faudra absolument pouvoir compter sur des mesures régissant l'information dans les secteurs public et privé. Le droit des intéressés de consulter les dossiers les concernant, d'exiger qu'on y apporte des corrections et de porter plainte à ce sujet devra être reconnu. Lorsque les préposés à la cueillette des renseignements savent que chaque individu a le droit de consulter son dossier, ils agissent d'une manière plus responsable et plus juste. En sachant que l'aspect confidentiel d'un rapport n'est pas assuré, son auteur écrit avec plus de prudence, appuie ses critiques par des exemples, ou encore ne fait que donner les exemples en laissant au lecteur le soin de se faire une idée. Dans la nouvelle société de l'information, tout peut être enregistré, transmis et mémorisé sans que le temps n'efface rien. Les lois protégeant la vie privée, et la vigilance publique, devront assurer à l'avenir ce que la faiblesse et la paresse humaines assuraient par le passé. L'information automatisée peut être stockée dans des espaces de plus en plus restreints. On peut l'extraire au moyen de tout identifiant faisant partie des données. L'information peut être traitée et manipulée de toutes les façons que les programmeurs peuvent imaginer. Elle peut faire le tour du globe en cinq secondes et peut être conservée indéfiniment. De quoi vous faire dresser les cheveux sur la tête. On peut de moins en moins cacher son passé et, pour cette seule raison, de nouvelles attitudes et de nouvelles mesures de protection juridique doivent créer artificiellement ce que l'incendie, le volume, la perte et la paresse ont accompli pour la paperasse. Mais il ne sera adopté de lois et de normes en cette matière que lorsque le grand public en aura clairement fait la demande. Espérons que cette demande sera formulée avant qu'il ne soit trop tard. Des mesures régissant l'accès à l'information réduiront le stockage de données. Aux dossiers confidentiels et non accessibles doivent se substituer des dossiers plus exacts et plus faciles à consulter. Sauf dans les cas où la sécurité d'autrui ou de la société entre en jeu, on ne devrait pas stocker de données non corroborées. A ceux qui craignent l'affadissement de l'information, il faut répondre que le recours à des données non corroborées ne devrait avoir lieu que d'une manière tout à fait exceptionnelle pour prendre des décisions qui touchent les individus. Sauf dans des situations précises, connues et exceptionnelles, toute personne devrait pouvoir consulter librement les dossiers susceptibles d'influer profondément sur sa vie. J'en suis venue à croire fermement à la nécessité de lois et de justes méthodes d'accès à l'information et de pressions de la part des consommateurs pour obtenir leur mise en application. Le traitement des renseignements doit être assujetti au contrôle de la personne concernée, de nos gouvernements et des tribunaux. Je répète constamment que nous devons demander à ceux qui colligent des données: Avez-vous besoin de ces renseignements? Et j'ajoute: protégez vos données personnelles comme s'il s'agissait de votre argent, de vos valeurs, de vos bijoux. L'information que vous ne désirez pas confier peut valoir beaucoup plus que quelques centaines de dollars. |
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