Quand il s'agit des ordinateurs et de la technologie qu'ils représentent, il est facile de voir que peu de personnes encouragent les femmes à s'engager, "à posséder" ce domaine d'apprentissage et de réalisations.

La plupart d'entre vous avez probablement vu les annonces commerciales des jeux automatisés fabriqués par Atari et Intellivision. Qui voyons-nous jouer? Des pères et des fils, et dans un seul cas, une fille. La mère est absente ou bien elle apparaît à 1'arrière-plan.

Dans les annonces d'Intellivision de George Plimpton, aucune femme n'apparaît à l'écran.

Quiconque sait comment sont faites ces annonces dispendieuses n'ignore pas qu'elles sont fondées sur une analyse minutieuse des marchés. Les attitudes du marché sont identifiées avant que les annonces ne soient faites. En d'autres mots, les gens qui fabriquent des jeux automatisés savent qu'ils peuvent les vendre à des pères aisés et non aux mères.

Imaginez où ceci laisse les femmes, et, plus encore, leurs filles. Ce sont les hommes qui achètent les jeux, les ordinateurs domestiques, et ce sont les garçons, imitant le comportement de leurs pères et de leurs camarades, qui les utilisent, non seulement au foyer mais dans les salles publiques de jeux électroniques.

Les annonces publicitaires viennent encore renforcer ce modèle. Je m'étonne de la rapidité avec laquelle ces modèles subtils, fondés sur des stéréotypes sexuels, s'imposent. C'est dès maintenant qu'il faut remettre en question ces images stéréotypées, avant qu'elles ne s'enracinent.

L'école est un lieu efficace de remise en question. Au Manitoba, nous avons à peine commencé. Il y a actuellement deux projets pilotes commandités par le ministère et les divisions scolaires. Dans la division scolaire de Brandon, 160 élèves de la 4e à la 9e années se familiarisent avec les ordinateurs en utilisant eux-mêmes des machines qui leur présentent divers jeux éducatifs. Quarante et un pour cent des élèves qui font partie de ce programme sont des filles. Ce nombre ne reflète aucun préjugé: il s'agit simplement du nombre de filles dans les classes participantes.

Cinq étudiantes et quinze étudiants de la 10e à la 12e année participent à un autre programme conjoint dans la division Kildonan East de Winnipeg.

Il existe quelques autres programmes dans le système scolaire du Manitoba mais j'ai voulu souligner le programme de Brandon parce qu'il confirme la tendance à s'adresser à des groupes de plus en plus jeunes. Je parlerai de certains autres programmes dans un instant mais je veux illustrer par une histoire vraie les stéréotypes sexuels, parfois peu subtils, qui se sont introduits dans le domaine de l'informatique.

Peu de temps après son investiture, ma collègue, Maureen Hemphill, ministre de l'Éducation pour le Manitoba, a visité un collège communautaire de Winnipeg. (Je dois parler d'elle puis-qu'après tout, c'est elle que je représente ici.) À la salle de l'informatique, on l'a presque trainée pour lui faire voir un ordinateur très sophistiqué qui faisait la fierté de l'école.

On a informé Mme Hemphill qu'elle pouvait poser la question de son choix au sujet de l'école et que l'ordinateur lui fournirait une réponse correcte en quelques secondes. L'ordinateur, a-t-on assuré Mme Hemphill, n'a jamais commis d'erreur.

Intriguée, Mme Hemphill a demandé à l'ordinateur: «Quelle est la superficie du collège? »

Les lampes de l'ordinateur s'allumèrent, les roues aux bandes magnétiques tournèrent et en quelques instants la réponse sortit: "La réponse à votre question, monsieur le ministre est. . ."

Assez dit sur le chauvinisme des ordinateurs. Si les femmes doivent mieux connaître les ordinateurs, il faudra que les ordinateurs apprennent à mieux connaître les femmes.

C'est aux femmes de s'assurer que l'un et l'autre se réalisent. L'enjeu est de taille pour les femmes. Permettez-moi d'expliquer. Selon le Conseil des Sciences du Canada, il existe maintenant 30 000 postes dans l'industrie de la haute technologie; on prévoit qu'en 1985, le Canada aura besoin de 8 000 ingénieurs et docteurs en sciences et qu'on ne pourra trouver que la moitié de ce nombre.

Sur le plan de l'embauche, ces chiffres sont encourageants. Mais M. David Suzuki, l'un des hommes de science les mieux connus au Canada, a insisté sur le fait que non seulement le manque de connaissances en informatique mais le manque de connaissances scientifiques en général menace nos institutions démocratiques, puisque les citoyens sont mal préparés à prendre des décisions sur les utilisations de la technologie nouvelle qui soulèvent de sérieuses questions morales sur la nature de l'humanité. Le docteur Suzuki prétend, et il est difficile de lui donner tort, que ces décisions sont bien trop importantes pour en confier l'entière responsabilité aux politiciens et aux scientifiques.

Si la situation est inadéquate en ce qui a trait à la formation scientifique au Canada, elle est particulièrement inadéquate pour les femmes. En 1980, les femmes ne représentaient que 8% de ceux qui s'étaient mérité un baccalauréat en sciences pures ou en génie. Le nombre était un peu plus élevé en mathématiques et en sciences physiques où le pourcentage total de diplômées en 1980 était de 28%.

Les hommes dominent les pourcentages dans le domaine de l'informatique, même au niveau des collèges communautaires. Au cours de la dernière année, 96% des étudiants inscrits en informatique au collège communautaire Red River, de Winnipeg, étaient des hommes. Croyez-le ou non, ce nombre représente un progrès par rapport à l'année 1977 alors que la population mâle était de 100%.



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