Double réalité

Le simple fait d'être femme détermine des conditions spécifiques qui rendent les femmes francophones différentes des hommes francophones vivant à l'extérieur du Québec; le statut minoritaire du groupe auquel elles appartiennent les distingue aussi des autres femmes. C'est donc en se basant sur cette double réalité (femme et francophone) que l'auteure décrit les changements qui se sont produits dans le rôle des femmes francophones avec le développement de leur communauté. Elle dépeint l'évolution de la situation passée et actuelle telle que vécue par ces femmes, à trois niveaux:

  1. au niveau de la sphère domestique, soit la famille et l'environnement immédiat;
  2. au niveau de la sphère publique, soit le marché du travail
  3. au niveau de la sphère paradomestique, soit la zone à côté de la famille où les femmes ont pu exercer et exercent une certaine forme de pouvoir - bénévolat ou l'action sociale.

Pauline Proulx démontre dans son rapport que "tout le problème de la dévalorisation et de la non-reconnaissance du travail des femmes francophones, comme de toutes les femmes vivant dans un système social comme le nôtre, tient au fait qu'elles sont assignées d'abord et avant tout à la sphère privée où les tâches qu'elles exécutent ne sont pas monnayables alors que toute notre société s'evalue en terme monétaire". Elle poursuit cette réflexion en déclarant que "cette dévalorisation de leur main-d'oeuvre permet aux employeurs de les sous-payer lorsqu'elles se présentent sur le marché du travail et de les considérer comme un groupe qui n'a pas vraiment besoin de travailler et qu'on peut facilement retourner dans leur famille en période de chômage". "C'est aussi", rajoute-t-elle, "cette même idéologie de la femme au foyer, dont le travail n'a pas de valeur "réelle", qui permet aux institutions, gouvernements, partis politiques et églises de recourir au travail gratuit des femmes pour combler les besoins financiers ou autres auxquels ils ne peuvent répondre. "

Double infériorité

Dans cette perspective, l'auteure identifie certains problèmes qu'ont exprimés nombre de femmes qu'elle a rencontrées au cours de sa recherche:

"- Difficulté d'accès à la formation professionnelle et personnelle (Combien de cours ou stages de formation sont offerts dans l'est ontarien?)

- Manque d'information sur leurs droits et sur des sujets qui les préoccupent comme l'éducation des enfants, la santé, etc. (Où peut-on s'informer dans l'est ontarien?)

- Isolement et besoin de contacts avec d'autres femmes francophones de leur région

- Problèmes de garderies (Combien de difficultés subissent les quelques garderies qui existent dans l'est ontarien?)

- Manque d'emplois, surtout dans les régions rurales (dans l'est, les seuls emplois disponibles sont souvent mal rémunérés - dans les usines de textiles, soutien administratif, aide-infirmière, etc.)

- Problèmes des femmes chefs de famille qui se sentent souvent rejetées socialement parce qu'elles ne correspondent pas au modèle familial traditionnel

- Problèmes des femmes du deuxième âge qui ont de la difficulté à se réorienter lorsque la famille est élevée

- Difficulté à mobiliser les femmes de 30 ans et moins qui sont aux prises avec les responsabilités familiales et n'ont pas le temps de s'impliquer au niveau communautaire.



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