LA DÉCENNlE POUR LA FEMME:
ÉGALlTÉ, DÉVELOPPEMENT ET PAIX

Par Jacqueline Pelletier, Ontario

Pour saisir l'impact de la Décennie pour la femme, il est essentiel de s'éloigner du feu de l'action à l'échelle locale ou nationale et de se situer un moment dans une perspective internationale. Mené par l'Organisation des Nations Unies (ONU), cet énorme projet n'a produit aucun miracle. Les Canadiennes qui ont participé à l'effort d'évaluation de la Décennie ont bien vu combien frustrant peut être un exercice de cette envergure! Comment évaluer, et quoi au juste? Pourtant, il ne fait aucun doute que les activités reliées à la décennie pour la femme ont aidé, au moins à démasquer les faits et pratiques discriminatoires dont sont victimes les femmes. Les média, les gouvernements et le public ont été alimentés en informations, donc en outils de travail, qui ne peuvent pas être "effacées". Elles font en quelque sorte partie de la conscience collective. Comment cela s'est traduit au sein des frontières des états- membres de l'ONU reste à voir. On sait bien que dans l'ensemble, la condition féminine ne s'améliore que lentement. Mais dans notre effort d'évaluation de l'impact de la Décennie, il faut se demander: lorsqu'il y a eu progrès, les activités de la Décennie y ont-elles contribué?

Si l'on s'en tient uniquement aux grandes crises politiques, la capacité de l'ONU d'intervenir efficacement parait pour le moins douteuse - les super nations y voient. Mais on aurait tort d'arrêter là l'examen car, à l'ombre de l'Assemblée générale et du Conseil économique et social, dans les comités et les commissions innombrables de l'ONU se déroule, à pas feutrés, un tout autre processus, celui, plus subtil, de l'engagement des nations à des déclarations et conventions qui à long terme, affectent l'avancement social, politique et culturel de l'humanité.

Ah les beaux mots!... diront certaines. Pas trop vite! Si l'on accepte comme prémisse qu'à l'échelle mondiale, le progrès est lent et ardu, si l'on reconnaît qu'il doit être mesuré selon un barème qui tient compte de l'importance relative des jeux de coulisses, alors, l'on constate qu'il y a là plus que de beaux mots. Rassemblés dans un système complexe de diplomatie et de lobbying, système qui sous-tend plus d'une négotiation d'ordre économique, les états-membres de l'ONU sont en quelque sorte emboîtés dans un jeu qui oblige. À quoi au juste? À un engagement moral, légal dans certains cas, dont on observe à travers les années qu'il prépare fréquemment le terrain à des projets concrets, sur les plans national et régionaux. Tout au moins les favorise-t-il.

Ainsi, plusieurs pays, dont le nôtre, se sont inspirés de la Charte de l'ONU ou de la Déclaration universelle des droits de l'homme (sic) pour formuler leur propre constitution nationale. De même, la proclamation d'années ou de décennies thématiques, qui s'accompagne toujours d'une profusion de rencontres et de documentation, contribue à motiver les nations à mettre à jour leurs lois, leurs pratiques et leurs programmes, à se fixer des objectifs au moins minimaux.

PETITE HISTOIRE DE LA DÉCENNIE

Lorsque l'Assemblée générale de l'ONU désigne l'année 1975 comme "Année internationale de la femme", elle se fixe comme objectif de définir une société où les femmes participeraient pleinement à la vie économique, sociale et politique.A cet effet, une conférence a lieu à Mexico. Plus de 100 nations y adoptent un Plan d'action mondial (PAM) pour la période de dix ans allant de 1976 à 1985, que l'Assemblée générale proclame "Décennie pour la femme: égalité, développement et paix". Le PAM est sub-divisé en plusieurs thèmes et comprend des propositions précises pour la mise en oeuvre des principes adoptés. Citons en exemple, parmi les thèmes, l'éducation et la formation, la santé, le logement, la famille, les services sociaux. Parallèlement à la conférence de l'ONU, les ONG se réunissent aussi à Mexico, pour la "Tribune de l'année internationale de la femme".

Un énorme travail de déblayage avait été accompli au préalable par la Commission de la condition de la femme, créée en 1946 et qui avait réussi, à travers les années, à faire adopter par l'Assemblée générale une série de mesures visant l'avancement de la condition féminine, entre autres:

  • la convention sur les droits politiques de la femme (1952)
  • la convention sur la nationalité de la femme mariée (1957)
  • la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
    à l'égard des femmes (1979), cette dernière comprenant des dispositions
    concernant les rapports devant être soumis par chaque état-membre
    et prévoyant la désignation d'un organe de surveillance.


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