Pour les femmes, toute politique qui menace les emplois dans le secteur des services ne peut que leur être néfaste car c'est dans ce secteur qu'il s'est créé le plus d'emplois pour elles depuis cent ans.

Tout au long du rapport les commissaires font état de l'incertitude face à l'avenir, de l'instabilité de l'économie mondiale et de "la vulnérabilité extrême du Canada à la conjoncture commerciale et internationale devenue de plus en plus concurrentielle" (II, 202). Comme ils le soulignent, le Canada semble souffrir davantage des récessions économiques que les autres pays industrialisés.

Il s'ensuit que vouloir orienter l'avenir économique du Canada par des liens plus étroits avec un seul pays ne peut qu'accroître la précarité de la situation.


Déjà plus de 70% du commerce canadien se fait avec les États- Unis...


Déjà plus de 70% du commerce canadien se fait avec les États-Unis et les politiques proposées par les commissaires augmenteraient substantiellement ce pourcentage. Même si le pari du libre-échange devait s'avérer avantageux et pouvait être négocié dans les termes souhaités par les commissaires, le Canada n'y trouverait sécurité que pendant la durée des accords. Augmenter notre dépendance économique envers les États-Unis pourrait avoir des conséquences catastrophiques advenant qu'ils décident que le protectionnisme leur est plus profitable. Sous-jacente aux rationalisations sur le libre-échange, on trouve la présomption que l'économie américaine sera toujours florissante et que le dollar demeurera une monnaie forte. Dans l'éventualité d'une dépréciation du dollar américain, les conséquences sur le commerce canadien pourraient être graves, même dans le cadre du libre-échange. Rattacher plus étroitement l'économie canadienne à celle des É.-U. placerait le Canada dans une position plus précaire que par le passé pour faire face aux fluctuations des forces extérieures.

LES POLITIQUES SOCIALES

Dans ses recommandations sur les systèmes de sécurité du revenu et de services sociaux, la Commission s'est donné ces objectifs: simplification des programmes et transformation du marché du travail pour le rendre plus souple et adaptable. Les réformes proposées sont considérables, la Commission le souligne en déclarant "qu'elles affecteront la vie de pratiquement tous les Canadiens" (II, 597). J'ajouterais qu'elles auront, sans aucun doute, des conséquences désastreuses pour les femmes.

UNE POLITIQUE DE REVENUS

Pour les groupes de femmes, les syndicats, les organismes communautaires qui ont témoigné devant la Commission, la préoccupation première était le chômage élevé et persistant avec son cortège d'afflictions pour les sans-emploi (8).

Dans son rapport intérimaire, la Commission admettait que le chômage et l'inflation sont deux problèmes majeurs mais qu'il fallait s'attaquer à l'inflation d'abord. Cette priorité est toujours présente dans le rapport final. Il s'agit encore de contenir l'inflation et toute recherche de solution au chômage doit se faire à l'intérieur de paramètres comprenant le maintien des prix au niveau le plus bas possible. A cette fin, les commissaires préconisent le rétablissement d'une politique de revenu "pour trois ans ou plus", pour renforcer la tendance à la baisse de l'inflation (II, 395). Par ailleurs les programmes de contrôle des salaires ont eu un impact extrêmement négatif sur la situation des femmes comme le soulignait le Comité canadien d'action sur le statut de la femme, dans son mémoire à la Commission (9). Les progrès accomplis par les femmes pour combler le large fossé entre les salaires des hommes et des femmes s'effritent quand les politiques salariales imposent un pourcentage uniforme d'augmentation à tous. Les salaires des hommes étant plus élevés que ceux des femmes, ce type d'augmentation signifie que ceux-là reçoivent plus que celles-ci en termes absolus.


Un des aspects les plus pernicieux du rapport, c'est son attitude envers les chômeurs.


Dans les dernières années, les progrès importants des femmes sur le marché du travail sont dus à l'action collective. Une politique de revenus élimine pratiquement la négociation collective et ce faisant la possibilité pour les femmes d'aller chercher de meilleures conditions de travail. Car toute revendication pouvant affecter les coûts peut être exclue de la négociation - comme les questions touchant la santé et la sécurité, l'accès à l'égalité et les changements technologiques. Dans une société qui prétend reconnaître que les bas salaires octroyés aux femmes perpétuent une injustice criante, une politique de revenus ne pourrait avoir que des effets régressifs car qui n'avance pas recule.



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