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LE RÉAMÉNAGEMENT
DU RÉGIME Un des aspects les plus pernicieux du rapport, c'est son attitude envers les chômeurs. Les commissaires présument qu'un remaniement de l'assurance-chômage pourrait réduire le chômage même, suggérant par là que les chômeurs sont largement responsables de leur sort et que c'est la générosité mal inspirée de l'État qui les a attirés. En réaménageant le régime d'assurance-chômage, les commissaires espèrent développer une main-d'oeuvre "plus flexible et plus adaptable" et réduire les coûts. Pour atteindre ces objectifs, ils recommandent la réduction des prestations, la prolongation de la période de qualification, la réduction de la période d'admissibilité pour certains et l'élimination des prestations supplémentaires régionales où le chômage est particulièrement élevé. Ces recommandations découlent des présomptions suivantes: les chômeurs ne font pas une recherche assez intensive d'emploi et préfèrent les prestations au travail, l'assurance-chômage étant une dés incitation au travail. De plus les chômeurs ne veulent pas déménager vers les endroits où il y a beaucoup d'embauche parce qu'ils reçoivent des prestations.
Les commissaires croient que l'assurance-chômage a incité les femmes à se joindre au marché du travail. À l'appui de cette opinion, ils citent des études assez contestables qui tentent de démontrer que "les taux de participation de la population active, surtout ceux des jeunes et des femmes, augmentent en fonction de la générosité des prestations d'assurance-chômage" (II, 656). En fait les commissaires allèguent que la hausse du chômage est due à la participation croissante des femmes a la population active et aux changements apportés à la Loi d'assurance-chômage. Considérant que les femmes des autres pays industrialisés ont un taux de participation comparable à celui du Canada et que les prestations de chômage ne sont pas aussi généreuses ici qu'ailleurs, ces facteurs ne peuvent donc expliquer pourquoi les taux de chômage sont si élevés au Canada. Les répercussions des recommandations des commissaires seront démesurément rigoureuses pour les femmes. Une réduction des prestations est plus grave pour ceux et celles qui sont au bas de l'échelle des revenus, et puisque les femmes forment invariablement une partie disproportionnée de la main-d'oeuvre à bon marché, elles seront davantage affectées par ce changement. La prolongation de la période de qualification et le resserrement du lien entre la période des prestations et les semaines travaillées seront particulièrement préjudiciables aux femmes à cause de la place qu'elles occupent sur le marché du travail. Elles sont plus fortement représentées dans les emplois à temps partiel et temporaires; elles se retrouvent souvent dans des industries marginales qui licencient fréquemment quand les affaires ralentissent. Les changements proposés par les commissaires réduiront certainement les coûts mais ce sera en sacrifiant la protection des revenus des travailleuses et des travailleurs. |
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