Afin de libérer le potentiel énergétique, il faut entrer en contact avec ces démons et lutter contre eux.

Une analyse plus poussée nous suggère qu'il s'agirait plutôt du développement d'un côté masculin positif chez la survivante. C'est l'intégration de son côté masculin ou de son animus positif qui l'aidera à confronter le gigantesque poisson maléfique. Et c'est sous l'eau (dans son inconscient) que doit se livrer une bataille entre l'anima et l' animus positif (femme + enfant mâle) et l'animus négatif (poisson agresseur menaçant).

Notons le lien entre la figure de la mère et le poisson mangeur d'enfant, lien mis en évidence par le même ton de gris et leur position en diagonal. Le poisson n'a pas vraiment l'air d'un poisson avec sa tête de dinosaure. Ces proportions dinosauriens sont ici identifiées à l'image de la mère: la passivité des femmes, soit la norme culturelle, est présentée dans le rêve comme étant aussi ancienne et aussi gigantesque que le dinosaure. L'identification de la mère à une victime rappelle toutes les femmes écrasées par des siècles et des millénaires de silence, poids qui empêche la mère de se lever. L'image du dinosaure dans le rêve représenterait l'agression et la violence masculine qui sévissent depuis des millénaires.

Mais, de sa position assise, la mère essait de pousser un cri : première tentative pour laisser émerger la parole de la profondeur de l'inconscient. Est-ce la parole qui brisera le silence déclenché par l'abus et réclamera l'intégration de son enfant? Quand la survivante s'identifie à cette image de la mère, elle veut remonter l'enfant, et croit ainsi le sauver et sauver en même temps son équilibre psychique. Mais cet équilibre psychique est-il possible sans la confrontation avec la bête noire qui nage dans les profondeurs de l'inconscient?

Quand nous nous reportons directement au récit intégral du rêve, la survivante nous fait entrevoir un autre aspect de ce cri. Il y a un élément qui n'est pas mis en évidence dans le dessin de la survivante, mais qui est très important dans son rêve: avant de commencer à descendre l'enfant dans l'eau, l'ombre blanche a aidé la femme en gris pâle, à laquelle la survivante s'identifie, à induire tout le corps de l'enfant de crème blanche. Ce qui nous laisse penser que cette descente de l'enfant (lequel est de toute façon protégé par la crème blanche qui contient toute l'énergie positive de l'ombre blanche - de la bonne mère ou de l'anima positif), ou de la femme-enfant, permettrait à la survivante de franchir une étape importante en confrontant les démons de son passé: l'abus et l'abuseur. Le cri de la mère essayerait d'empêcher la fille de franchir cette étape très importante dans le processus de sa transformation et de sa guérison psychologique.

Une présence menaçante et maléfique dans les rêves symbolise souvent les forces de régression de l'inconscient qui bloquent le potentiel énergétique. Afin de libérer ce potentiel, il faut descendre dans les ténèbres de l'inconscient, entrer en contact avec ses démons (son ombre), et lutter contre eux. Il en résulte une reconnaissance et une validation qui permettent la maîtrise et l'assimilation de l'ombre. En faisant remonter les démons à la conscience, ces derniers perdent leur allure menaçante et le Moi triomphe des tendances régressives. Ainsi la confrontation avec la figure menaçante et effrayante qu'est le poisson-dinosaure permettrait à la survivante d'atteindre une autre étape: transformer sa peur, libérer le potentiel de son enfant intérieur et augmenter son sentiment de force, de contrôle et de détermination.

L'enfant est souvent le symbole de l'innocence, de la pureté, de la spontanéité et des possibilités que réservent l'avenir. Ce sont justement ces composantes psychiques, dont elle a été dérobée au moment de l'abus, que la victime doit retrouver pour être entière. Nous sommes ici témoins de l'apparition de l'archétype de la bonne mère. Cette transformation de la mère, confirmée par l'ombre blanche entre la fille et la mère dans le dessin, nous indique que la survivante est en train d'intégrer son ombre féminine blanche (3), elle qui dans le passé a tellement évolué dans la noirceur. La présence lumineuse de l'enfant mâle nous indique qu'elle est en voie d'intégrer aussi son animus positif.



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