Une formation qualifiante comporte de plus la reconnaissance du titre obtenu sur le marché de l'emploi. Nos données nous ont permis d'analyser comment le titre obtenu pouvait influencer le cheminement professionnel. Pour toutes les femmes inscrites en formation professionnelle, nous avons voulu savoir si le titre convoité, que ce soit un diplôme ou une attestation, de niveau secondaire ou collégial, avait un lien avec le fait d'avoir occupé un emploi depuis la fin de la formation. Eh bien, non! De même, le statut de l'emploi occupé depuis la fin de la formation n'est pas lié statistiquement au titre obtenu. Que l'on obtienne un emploi permanent ou autre n'est pas lié au titre obtenu. Le salaire horaire de l'emploi n'est pas non plus lié au titre obtenu. Enfin, dans la majorité des cas, le titre convoité et obtenu n'est pas significativement lié au fait d'être employée au moment même de l'enquête. En bref, plusieurs caractéristiques du cheminement professionnel après la formation ne sont pas influencées par le titre obtenu, ou du moins pas par lui seul.

Enfin, nos données nous permettent de confirmer une intuition de départ des intervenantes du CIAFT. La trajectoire des femmes en formation professionnelle est marquée par leur source de revenu au moment d'entreprendre la formation et plus globalement, par leurs conditions de vie. Les conditions de vie interagissent constamment avec le processus d'apprentissage (entre autres), défavorisant nettement les femmes prestataires de la sécurité du revenu. Rappelons que les assistées sociales sont moins scolarisées que les non prestataires et que les prestataires de l'assurance-chômage. Elles ont donc un retard plus important à rattraper. Elles sont absentes du marché du travail depuis plus longtemps que les femmes des autres groupes et 58% d'entre elles vivent seules avec un ou plusieurs enfants. Elles totalisent 65% de toutes les répondantes qui vivent seules avec enfant(s). Toutes ces conditions constituent des freins indéniables au processus d'apprentissage: niveau inférieur de scolarité, conditions objectives d'existence et éloignement du marché du travail pour celles qui sont inscrites dans un programme de formation professionnelle. Pour mieux aider ces femmes, il est impératif de connaître à fond toutes les difficultés auxquelles elles se heurtent et de mieux comprendre la dynamique de ces difficultés.

Par ailleurs, les prestataires de l'assurance-chômage vivent une situation inverse. Globalement, leurs conditions de vie ne constituent pas autant de freins que celles des assistées sociales. Elles sont plus jeunes, plus souvent célibataires, plus scolarisées, absentes du marché du travail depuis moins longtemps et semblent posséder globalement plus de ressources pour faciliter une nouvelle entrée sur le marché du travail, ce qu'elles réussissent d'ailleurs mieux que les autres groupes.

La formation professionnelle n'est donc pas véritablement une voie royale d'insertion professionnelle pour toutes les femmes dans la conjoncture actuelle. Pour les femmes dont il a été question ici, la formation a certes joué un rôle de qualification, sans que l'on puisse en préciser tous les aspects, car il manque des données plus objectives sur le rapport de ces femmes au marché de l'emploi d'une part, et des données sur les types de programmes dans lesquels la formation s'est inscrite d'autre part. De plus, on ne peut déduire que la formation est responsable à elle seule de l'insertion professionnelle de ces femmes.

Un grand nombre d'éléments interviennent en effet dans la question de l'insertion professionnelle. Ils sont à la fois d'ordre macro-structurel (la conjoncture économique et les transformations de l'organisation), d'ordre méso-structurel (les institutions d'enseignement, les ressources communautaires, etc.) et enfin, d'ordre micro- structurel (tels sont les choix de vie des femmes, leur personnalité, etc.).

À titre d'exemple, il apparaît clairement à partir des données que la formation a permis aux femmes de développer une confiance en elles qui s'avère utile, voire indispensable, dans la recherche d'un emploi, en particulier dans le contexte actuel de rareté des emplois. Le soutien offert par les organismes membres du CIAFT joue aussi un rôle dans l'insertion professionnelle de ces femmes, mais peut-on en mesurer l'importance? Si donc, la confiance en soi et le soutien d'un organisme communautaire constituent des élément dynamiques de l'insertion professionnelle, beaucoup d'autres éléments-aux trois niveaux- doivent être pris en compte.

Danielle Desmarais est anthropologue et professeure au département de travail social de l'Université du Québec à Montréal. Sylvie Legault prépare une maîtrise en sociologie à l'Université du Québec à Montréal et est assistante de recherche. Monique Provost est agente de recherche à l'Université du Québec à Montréal et à l'Institut national de recherche sociale-culture et société. On peut se procurer un exemplaire complet du rapport, ainsi que de plus amples renseignements, auprès du CIAFT, 1265, rue Berri, bureau 930, Montréal (Québec), H2L 4X4, (514) 844-0760, télécopieur (514) 844- 0571



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