L'éducation que j'ai reçue s'est bien occupée de ma formation en tant que femme et secrétaire. A l'âge de 14 ans, en secondaire III, le système éducatif me proposait 3 choix. L'un d'entre eux menait aux études collégiales. Les deux autres, "l'option professionnelle" et "l'option commerciale," s'occupaient d'entraîner des futurs mécaniciens et des futures secrétaires. En dépit de mes bonnes notes en éducation physique, mon intérêt marqué pour les langues et mon envie de la parole, je me suis assidûment installée devant la machine à écrire. J'avais décidé que les lettres d'affaires parleraient pour moi. Ma formation a été plus que complète. On m'a enseigné à prendre de la dictée et comment m'asseoir. Ma transformation a été évidente: j'ai épilé mes sourcils, j'ai appris comment me maquiller et comment marcher de façon féminine! Que dire de la perte de mon pouvoir personnel face à ces changements? On a omis de me parler de bonnes conditions de travail, de négociations salariales, de promotions à envisager, d'harcèlement sexuel, et j'en passe. Mais à quoi peut-on s'attendre d'un système éducatif qui me demande de choisir ma vie à 14 ans? Aujourd'hui, je fais toujours partie du monde des affaires. Mais c'est moi qui détiens la plus grande partie des parts. Je suis présidente, trésorière, comptable... de ma vie. Je suis en affaires à mon compte. Je fais de moins en moins de fausse publicité parce que j'ai moins peur de me présenter telle que je suis. Mon produit, c'est moi, et la qualité améliorée de ma vie en est la preuve. Et de plus, je me suis faite des ami(e)s qui ne croient pas au silence, qui se considèrent également chefs de leurs entreprises et qui me servent de soutien moral. Je souffre moins de tristesse et d'angoisse. J'ai des points de repères. Les amitiés qu j'ai nouées pendant que je travaillais sont rares. La plupart des autres femmes que je côtoyais quotidiennement au travail étaient plus âgées que moi. Mais même avec celles de mon âge, je me sentais alién. J'en avais marre d'échanger des recettes, des bouts de vies sans en arriver à échanger des numéros de téléphone. Le contact humain se limitait à quelques entretiens etc., toujours, durant les heures d'affaires. Pas question d'amitiés profondes.
Au début de mes études, en septembre 1982, je continuais de me sentir isolée et aliénée. Cette fois, le sentiment s'est dissipé. Grâce à la nature de l'école que je fréquente, j'ai pu commencé à me rapiécer. On a pris soin de m'aider à recoller mon âme et ma tête. J'ai appris à me regarder dans un miroir. Les premières fois, tout ce que je voyais me rendait triste et confuse. Mais avec la parole et l'aide de mes amies, j'ai commencé à faire le bilan de ma vie. j'ai pleuré. Mais cette fois, je pleurais parce que le bilan indiquait plus de gains que de pertes. Je voyais de mes propres yeux, lavés, que la colonne de ressources, de talents était bien longue. Le total inspirait l'énergie, l'action, l'abondance, l'amour propre. Témoignant de cette belle découverte, je me suis mise à gérer cette force qu'est ma vie. Aujourd'hui, en classe, je lis, j'écris et je discute de multiples points communs avec d'autres femmes. les mots de Simone de Beauvoir, de son livre Le Deuxième Sexe, me touchent et m'inspirent. Les déclarations de Robin Morgan me hantent. Je me forge une nouvelle bibliothèque. J'ai des héroïnes. Je parle de la relation entre les femmes et la beauté, la relation entre les stéréotypes et l'amour et l'importance des rites de passage. J'échange mes découvertes avec d'autres femmes qui se découvrent autant de trésors. |
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