Reclaiming Lives


Briser le silence en milieu pédagogique: l'importance de démystifier l'autorité masculine

Les expériences de violence marquent de manière négative le développement cognitif et psychosocial des femmes à plusieurs niveaux. Par exemple, la confiance en soi peut être diminuée, le concept de soi déstabilisé, l'image de soi déformée et l'estime de soi appauvrie ... bref, la violence attaque la personne dans ce qu'elle a de plus vulnérable, sa valeur propre. Dans un cas de violence, la victime ne contrôle généralement pas la situation. Pour des raisons évidentes (la menace de mort, la douleur physique, la terreur psychologique), la victime de violence est privée de ses droits et, par conséquent, éprouve des difficultés à se protéger. Il peut en résulter un sentiment de méfiance à l'égard de sa capacité d'agir qui se matérialise à d'autres contextes, dont la situation d'apprentissage. Il devient essentiel que les victimes de violence réapprennent à se faire confiance.

Le milieu pédagogique peut jouer un rôle important à ce niveau en adoptant des méthodes d'enseignement qui invitent les apprenantes à jouer un rôle actif dans la démarche d'acquisition du savoir. Il faut d'abord reconnaître que dans une société patriarcale, les femmes ont été historiquement exclues des cercles de pouvoir et qu'elles n'ont pu par conséquent participer activement à l'élaboration des théories et aux définitions des concepts. Selon Claudie Solar, l'éducation est essentiellement organisée, gérée et contrôlée par des hommes, d'où l'importance pour les femmes d'interroger le savoir traditionnel: " ... le pouvoir définit le savoir. Le savoir du pouvoir est celui du groupe dominant, celui qui permet de maintenir sa domination et, par conséquent, de maintenir les dominés à leur place" (14-16).

Pour que les femmes retrouvent leur place et leur dignité, pour qu'elles puissent augmenter leur capacité d'agir, il est essentiel que le savoir soit de type libérateur et non pas de type bancaire. les établissements d'enseignement doivent aider les femmes à briser le cycle du silence, lequel perpétue l'omission d'un savoir sur elles et par elles. Pour ce faire, l'approche pédagogique doit démystifier l'autorité masculine en endossant une définition du savoir comme étant inachevé, dynamique et vivant.

L'approche
pédagogique
doit
démystifier
l'autorité
masculine
en endossant
une définition
du savoir
comme
étant
inachevé,
dynamique
et vivant.


L'étudiante doit pouvoir étudier et apprendre dans un contexte qui permet une interaction entre le savoir théorique celui transmis par les professeur(e)s et les auteur(e)s - et le savoir d'expérience celui que l'étudiante possède déjà sur la matière à l'étude (Artaud). Selon Artaud, le processus de "re-création du savoir" est une méthodologie de l'enseignement qui a comme fondement le principe suivant: l'expérience de l'étudiante est le lieu où s'élabore un premier savoir et c'est également le lieu de la re-création du savoir. Le recours à l'expérience de l'étudiante se fait non pas dans le but de confirmer la théorie, mais dans celui de permettre une interaction réelle entre la théorie, l'expérience et la personnalité de l'étudiante. Il ne s'agit pas de remplacer le savoir théorique avec le savoir d'expérience. Il importe plutôt que l'étudiante puisse d'abord mettre à jour son propre savoir sur un sujet à l'étude pour ensuite consulter le savoir scientifique dans le but de confirmer, corriger ou compléter son savoir d'expérience. la possibilité de remettre en question le savoir transmis afin de permettre la découverte d'une autorité propre à soi est d'une valeur inestimable auprès des femmes:

It can be argued ... that students need models of impeccable reasoning, that it is through imitating such models that sutdents learn to reason. But none of the women we interviewed named this sort of learning as a powerful experience in their own lies. They did mention the deflation of authority as a powerful learning experience. (Belenky et al. 216)



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